Thé vert : ce qu’il fait vraiment, et les miracles qu’on lui prête
On lui prête le pouvoir de faire maigrir, de prévenir le cancer, d’apaiser l’anxiété. Les miracles du thé vert résistent mal à l’examen, mais la boisson garde de vraies qualités. Ce que l’on sait, ce que l’on ignore, et la seule vraie mise en garde : celle qui concerne les gélules.

Dans les rayons des magasins bio comme sur les réseaux sociaux, le thé vert a tout d’une potion. Il ferait fondre les graisses, protégerait du cancer, rajeunirait la peau, calmerait les nerfs et blanchirait les dents. Il est temps de remettre la tasse à sa juste place : une boisson agréable, peu calorique, qui a des qualités réelles, et aucun pouvoir miraculeux.
Une seule plante, plusieurs thés
Thé vert, thé noir, thé blanc ou oolong viennent tous du même arbuste, le théier, Camellia sinensis. Ce qui les distingue, c’est le traitement des feuilles après la cueillette. Pour le thé noir, on les laisse s’oxyder longuement, ce qui fonce leur couleur et transforme leurs arômes. Pour le thé vert, on les chauffe rapidement, à la vapeur au Japon, à sec dans une bassine en Chine, ce qui stoppe cette oxydation. Les feuilles gardent leur couleur et une plus grande part de leurs catéchines, des composés de la famille des polyphénols. La plus étudiée porte un nom barbare, l’épigallocatéchine gallate, ou EGCG.
Le thé vert contient aussi de la caféine, en général moins qu’une tasse de café, selon la variété et la durée d’infusion. Le matcha, cette poudre de feuilles entières que l’on fouette dans l’eau, en apporte davantage, puisqu’on avale la feuille elle-même. Il contient enfin un acide aminé, la L-théanine, à laquelle quelques petites études prêtent un effet relaxant, sans preuve solide à ce jour.
Le cœur : des associations encourageantes
Les données les plus intéressantes viennent du Japon, où l’on boit beaucoup de thé vert. Une grande étude menée dans la région d’Ohsaki auprès de plus de 40 000 adultes, publiée en 2006 dans la revue JAMA, a observé que les gros buveurs de thé vert avaient un risque plus faible de mourir d’une maladie cardiovasculaire. D’autres travaux associent le thé à une légère baisse de la tension et du mauvais cholestérol.
Ce sont des associations, pas des preuves. Les buveurs de thé japonais diffèrent sans doute des autres par leur alimentation et leur mode de vie. Mais rien n’interdit de penser que remplacer les sodas par du thé non sucré soit une bonne affaire pour le cœur.
Le cancer : pas de protection démontrée
La même étude d’Ohsaki n’a pas trouvé de lien entre la consommation de thé vert et la mortalité par cancer. Les catéchines ont des effets intéressants en laboratoire, sur des cellules ou chez l’animal, mais ces résultats ne se sont pas traduits chez l’humain par une protection démontrée. Le thé vert ne prévient pas le cancer, et il ne le soigne pas. Si vous suivez une chimiothérapie, signalez à votre oncologue toute tisane, tout thé concentré ou complément que vous prenez : certains peuvent interagir avec les traitements.
Le thé vert est une bonne boisson, pas un médicament.
Un détail compte davantage que la couleur du thé : sa température. Le Centre international de recherche sur le cancer a classé en 2016 les boissons très chaudes, au-delà de 65 °C, comme probablement cancérogènes pour l’œsophage. Laissez votre tasse tiédir quelques minutes, c’est d’ailleurs meilleur pour le goût.
Minceur : la promesse qui ne tient pas
C’est l’argument le plus vendeur, et le plus fragile. Une revue Cochrane, qui fait référence en matière d’évaluation des preuves, a conclu en 2012 que la perte de poids obtenue avec des préparations de thé vert était minime, statistiquement incertaine et sans intérêt clinique. L’effet des catéchines et de la caféine sur la dépense d’énergie existe, mais il est trop modeste pour se voir sur la balance. L’Autorité européenne de sécurité des aliments n’a d’ailleurs jugé suffisante aucune des preuves avancées pour justifier une allégation minceur.
Le vrai danger : les extraits concentrés
Bu en infusion, le thé vert est sans danger pour la grande majorité des adultes. Le problème vient des compléments alimentaires, gélules ou extraits concentrés, vendus pour maigrir ou « détoxifier ». Ils apportent des doses de catéchines sans commune mesure avec celles d’une tasse, et ont été associés à des atteintes du foie, parfois graves. En 2018, l’EFSA a estimé que des apports d’EGCG de 800 milligrammes par jour ou plus, sous forme de compléments, faisaient monter les marqueurs d’une souffrance hépatique. L’Union européenne a depuis restreint la teneur en EGCG de ces produits.
La règle est donc simple : buvez votre thé, n’avalez pas de gélules d’extrait de thé vert sans en avoir parlé à votre médecin ou à votre pharmacien. Une fatigue inhabituelle, des nausées, des urines foncées ou un jaunissement de la peau ou des yeux pendant la prise d’un tel complément imposent de l’arrêter et de consulter rapidement.
Les petites précautions de la tasse
Le thé, comme le café, réduit l’absorption du fer d’origine végétale quand on le boit pendant le repas. Si vous manquez de fer, buvez-le plutôt à distance. Sa caféine compte dans le total de la journée, ce qui intéresse les femmes enceintes et celles qui dorment mal ; nous faisons le point sur ces seuils dans Le café, bon ou pas ?. Quant aux dents, le thé ne les blanchit pas, contrairement à ce qu’on lit parfois : comme le café, il tend plutôt à les teinter.






