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Culture · Cinéma

Quinze films de femmes à voir ou revoir cet automne

Quinze films, quinze réalisatrices, six décennies et dix pays. Pas un palmarès, pas une liste de rattrapage scolaire : des films qui nous ont tenues éveillées, choisis pour les longues soirées qui commencent. Chacun avec une raison précise de le voir.

Photographie en noir et blanc d’une salle de cinéma vide en 1964 : rangées de fauteuils, balcons à arcades, colonne sculptée et rideau tiré devant l’écran.
La salle du Kino-Palatsi, à Helsinki, en 1964. Photo : Kosti Lehtinen, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Une précision d’abord : « film de femme » ne désigne pas un genre. Il n’y a rien de commun entre la cuisine de Jeanne Dielman et la légion étrangère de Beau travail, sinon que des femmes ont tenu la caméra. Cette liste n’a pas d’autre principe. Elle mélange les classiques et les récents, les films qui consolent et ceux qui dérangent, et elle laisse de côté Agnès Varda, à qui nous consacrons un portrait à part entière. Ordre chronologique, pour voyager dans le temps.

1. Les Petites Marguerites, Věra Chytilová (Tchécoslovaquie, 1966)

Deux jeunes filles, toutes deux prénommées Marie, décident que puisque le monde est gâté, elles le seront aussi. Elles se font inviter à dîner par des messieurs mûrs, les plantent sur le quai de la gare, et finissent par saccager un banquet dans une scène d’anthologie. Couleurs qui changent d’un plan à l’autre, collages, ciseaux : c’est le film le plus insolent de cette liste. Le pouvoir de l’époque ne l’a guère goûté.

2. Wanda, Barbara Loden (États-Unis, 1970)

Le seul film réalisé par Barbara Loden, qui joue aussi le rôle-titre. Wanda quitte son mari et ses enfants sans un mot, erre dans les paysages de mines de charbon de Pennsylvanie, puis suit un petit escroc minable dans un braquage voué à l’échec. Tourné en 16 mm, avec une économie de moyens totale, c’est le portrait le plus juste qu’on ait vu d’une femme qui ne sait pas ce qu’elle veut, sinon ne plus être là où elle est.

3. Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, Chantal Akerman (Belgique, 1975)

Trois heures vingt dans la vie d’une veuve qui fait le ménage, épluche les pommes de terre, prépare l’escalope, et reçoit chaque après-midi un client. Delphine Seyrig est immense. Akerman, qui avait à peine vingt-cinq ans, filme en plans fixes, en temps réel, et c’est précisément cette durée qui rend la fin si terrible. En 2022, les critiques interrogés par la revue britannique Sight and Sound l’ont désigné meilleur film de tous les temps. Préparez un thé. Ne regardez pas votre téléphone.

4. Diabolo menthe, Diane Kurys (France, 1977)

Paris, 1963, deux sœurs au lycée, les premiers garçons, les profs injustes, les parents divorcés. Diane Kurys raconte son adolescence avec une précision de mémoire qui ne vieillit pas. Prix Louis-Delluc 1977. La chanson d’Yves Simon vous restera en tête, et vous ne vous en plaindrez pas.

« Film de femme » ne désigne pas un genre : il n’y a rien de commun entre la cuisine de Jeanne Dielman et la légion étrangère de Beau travail.

5. Daughters of the Dust, Julie Dash (États-Unis, 1991)

En 1902, sur une île au large de la Caroline du Sud, une famille gullah, descendante d’esclaves africains, se réunit une dernière fois avant que certains de ses membres ne partent vers le Nord. Robes blanches sur le sable, langues mêlées, mémoire des ancêtres. Le film de Julie Dash est le premier long métrage d’une Afro-Américaine distribué en salles aux États-Unis. Beyoncé lui a rendu hommage dans les images de Lemonade, en 2016.

6. La Leçon de piano, Jane Campion (Nouvelle-Zélande, 1993)

Ada, muette, débarque avec sa fille et son piano sur une plage de Nouvelle-Zélande pour épouser un colon qu’elle ne connaît pas. Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill, la musique de Michael Nyman, la boue, la pluie. En 1993, Jane Campion devient la première femme à recevoir la Palme d’or, partagée avec Adieu ma concubine de Chen Kaige. Le film de l’automne par excellence : humide, sensuel, inoubliable.

7. Beau travail, Claire Denis (France, 1999)

À Djibouti, l’adjudant Galoup, joué par Denis Lavant, voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une jeune recrue dans sa section de légionnaires. Claire Denis filme les corps des soldats comme des danseurs, sur la musique de Britten. Et puis il y a la dernière scène, où Lavant danse seul dans une boîte de nuit, sur The Rhythm of the Night : l’une des plus belles fins du cinéma français.

8. La Ciénaga, Lucrecia Martel (Argentine, 2001)

Un été étouffant dans le nord-ouest de l’Argentine. Une famille bourgeoise s’abrutit au bord d’une piscine croupie, entre verres de vin et enfants livrés à eux-mêmes. On ne sait jamais d’où viendra le danger, et Martel ne le dit pas. Premier long métrage d’une cinéaste majeure, à voir pour comprendre comment on peut filmer la torpeur et la menace en même temps.

9. Lost in Translation, Sofia Coppola (États-Unis, 2003)

Un acteur vieillissant et une jeune femme qui s’ennuie se croisent dans un grand hôtel de Tokyo. Rien ne se passe, ou presque, et pourtant tout. Bill Murray chante More Than This au karaoké, Scarlett Johansson regarde la ville depuis sa fenêtre. Oscar du meilleur scénario original. Le film parfait pour une nuit d’insomnie.

10. Une vie simple, Ann Hui (Hong Kong, 2011)

Ah Tao a servi pendant soixante ans la même famille. Quand elle tombe malade, c’est le fils de la maison, devenu producteur de cinéma et joué par Andy Lau, qui prend soin d’elle. Un film sur la vieillesse, la maison de retraite, la dette affective, sans une once de pathos. Deanie Ip a reçu pour ce rôle le prix d’interprétation féminine à Venise.

11. Wadjda, Haifaa al-Mansour (Arabie saoudite, 2012)

À Riyad, une fillette veut un vélo vert pour faire la course avec son voisin. Une fille à vélo, cela ne se fait pas. Elle s’inscrit donc à un concours de récitation du Coran pour gagner l’argent. Premier long métrage tourné entièrement en Arabie saoudite, par une réalisatrice saoudienne qui a dû diriger certaines scènes depuis une camionnette. Drôle, vif, à voir en famille.

12. Atlantique, Mati Diop (Sénégal, 2019)

À Dakar, des ouvriers qui construisent une tour de luxe, impayés depuis des mois, partent en pirogue vers l’Europe. Parmi eux, l’amoureux d’Ada, promise à un autre. Puis le film bascule dans le fantastique. Mati Diop est la première réalisatrice noire en compétition au Festival de Cannes ; elle y remporte le Grand Prix.

13. Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma (France, 2019)

En 1770, sur une île bretonne, une peintre doit faire en secret le portrait d’une jeune femme qui refuse de poser avant son mariage. Noémie Merlant et Adèle Haenel, le mythe d’Orphée lu au coin du feu, un chant de femmes autour d’un brasier, et le dernier plan, sur L’Été de Vivaldi, qui ne vous lâchera plus. Prix du scénario à Cannes.

14. Aftersun, Charlotte Wells (Royaume-Uni, 2022)

Un père très jeune et sa fille de onze ans en vacances en Turquie, à la fin des années 1990. Des images de caméscope, une piscine, une danse sur Under Pressure. On comprend peu à peu ce qui se jouait derrière la carte postale. Paul Mescal et la jeune Frankie Corio sont bouleversants. Un premier film qui vous accompagnera longtemps.

15. Anatomie d’une chute, Justine Triet (France, 2023)

Un homme est retrouvé mort dans la neige, au pied de son chalet, près de Grenoble. Suicide ou meurtre ? Sa femme, écrivaine, est accusée, et leur fils malvoyant devient le témoin clé. Sandra Hüller est saisissante. Palme d’or 2023 : Justine Triet est la troisième femme à la recevoir, après Jane Campion et Julia Ducournau. Le film a aussi remporté l’Oscar du meilleur scénario original.

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