Marchés de Noël d’Europe, les plus beaux et les moins courus
Vin chaud, pain d’épices, chalets de bois sous les guirlandes : les marchés de Noël se ressemblent tous de loin. De près, chacun a son caractère. Nos préférés, des plus célèbres aux plus discrets, avec de quoi les visiter sans être portée par la foule.

À quatre heures et demie, le ciel d’Alsace vire au bleu d’encre et les guirlandes s’allument d’un coup, rue après rue. Il flotte dans l’air une odeur de cannelle, de clou de girofle et de vin chaud, mêlée à celle, plus grasse, des saucisses grillées. On tient son gobelet à deux mains pour se réchauffer les doigts. C’est le moment exact pour lequel on a fait le voyage.
Les marchés de Noël sont une tradition d’Europe centrale et rhénane, née à la fin du Moyen Âge, quand les villes autorisaient avant les fêtes une foire où l’on achetait de quoi garnir la table et la maison. Beaucoup sont devenus des destinations très fréquentées. On peut pourtant les aimer encore : il suffit de savoir quand y aller, et où s’échapper quand la foule devient trop dense.
Quand partir, et ce qu’il faut savoir des dates
La plupart des marchés ouvrent à la fin de novembre, autour du premier dimanche de l’Avent, et ferment le 24 décembre ; quelques-uns prolongent jusqu’à la fin de l’année. Les dates exactes de chaque édition sont publiées à l’automne par les offices de tourisme : vérifiez-les avant de réserver quoi que ce soit.
Pour éviter la cohue, une règle vaut partout. Visitez en semaine plutôt que le samedi, et le matin plutôt que le soir. Les deux premières semaines sont généralement plus calmes que celles qui précèdent Noël. Gardez la soirée pour une seule promenade sous les lumières, une fois les cars repartis.
Strasbourg, le plus ancien, et le plus couru
Le Christkindelsmärik de Strasbourg, le « marché de l’Enfant Jésus », remonte à 1570, ce qui en fait l’un des plus anciens d’Europe. Il s’étend aujourd’hui sur plusieurs places du centre, de la place Broglie aux abords de la cathédrale, et le grand sapin de la place Kléber en est le point de ralliement. Soyons honnêtes : le week-end, on y avance à petits pas.
Allez-y un mardi matin, quand les chalets ouvrent et que la lumière d’hiver éclaire la façade de grès rose de la cathédrale. Goûtez le vin chaud blanc, spécialité alsacienne moins connue que le rouge, et les bredele, ces petits biscuits de Noël que chaque famille fait à sa façon, à l’anis, à la cannelle ou aux amandes. Autour du 6 décembre, pour la Saint-Nicolas, les boulangeries vendent des manala, petits bonshommes de brioche. Puis échappez-vous vers la Petite France et ses ponts, où les marchés laissent place aux maisons de bois et aux canaux.
Colmar et les villages de la route des Vins
À une demi-heure de train, Colmar offre la même architecture en plus resserré, et plusieurs petits marchés répartis entre les places de la vieille ville, autour de l’ancienne douane, le Koïfhus, et jusqu’au quartier de la Petite Venise, au bord de la Lauch. La ville se parcourt entièrement à pied, et la nuit, quand les façades à colombages sont éclairées, elle tient de la maison de poupée.
Les villages voisins de la route des Vins, Kaysersberg, Riquewihr ou Eguisheim, ont aussi leurs marchés, plus petits, parfois ouverts seulement en fin de semaine. Kaysersberg, où naquit Albert Schweitzer en 1875, est le plus charmant au matin, quand la brume monte des vignes. Plus au nord, Sélestat revendique la plus ancienne mention écrite d’un sapin de Noël, dans un registre de comptes de 1521 conservé à la Bibliothèque humaniste. C’est une étape plus calme, et une bonne base pour dormir à prix raisonnable quand Strasbourg est complet.
Visitez en semaine plutôt que le samedi, et le matin plutôt que le soir.
Nuremberg, le pain d’épices et l’Enfant Jésus
En Bavière, le Christkindlesmarkt de Nuremberg occupe la grande place du marché, au pied de l’église Notre-Dame. Il s’ouvre traditionnellement par un prologue lu depuis le balcon de l’église par le Christkind, l’Enfant Jésus, incarné par une jeune femme de la ville, en robe dorée et couronne. On y vient pour les Lebkuchen, le pain d’épices local, pour les petites saucisses grillées servies par trois dans un petit pain, et pour les Zwetschgenmännle, figurines fabriquées avec des pruneaux.
Comme dans la plupart des marchés allemands, le vin chaud, le Glühwein, est servi dans une tasse en céramique décorée, contre une consigne : rendez-la pour récupérer quelques euros, ou gardez-la en souvenir. Le marché des enfants, juste à côté, a ses manèges à l’ancienne.
Vienne, un marché par quartier
Vienne n’a pas un marché de Noël, mais une bonne douzaine. Le plus grand, devant l’hôtel de ville, attire les foules sous ses arbres illuminés. Préférez-lui ceux qui ont gardé une échelle de quartier. À Spittelberg, dans un lacis de ruelles aux maisons Biedermeier, les artisans vendent céramique, bijoux et lainages. Sur la Karlsplatz, devant l’église Saint-Charles, le marché fait la part belle à l’artisanat d’art. Dans la cour du château de Schönbrunn, les chalets se dressent devant la façade jaune du palais impérial.
On y boit du Punsch, plus sucré et plus fort que le vin chaud, on y mange des marrons grillés et des pommes de terre rôties, et l’on rentre se réchauffer dans un café viennois, devant une part de gâteau et un verre d’eau qu’on vous apporte sans le demander.
Tallinn, la neige et la nuit à quinze heures
Au bord de la Baltique, la capitale de l’Estonie installe son marché sur la place de l’Hôtel-de-Ville, au cœur d’une vieille ville médiévale restée remarquablement intacte. La ville revendique le premier sapin de Noël public, dressé au XVe siècle, titre que lui dispute sa voisine Riga. En décembre, le soleil se couche au milieu de l’après-midi, et la neige est fréquente : la lumière des chalets n’en paraît que plus chaude.
On y goûte le verivorst, boudin noir servi avec de la choucroute, les piparkoogid, biscuits aux épices, et le vin chaud local. Tallinn demande un peu plus d’organisation, souvent un vol avec escale, mais elle reste bien moins fréquentée que les grands marchés rhénans.
Trois petits marchés pour fuir la foule
Si vous voulez la féerie sans la foule, regardez du côté des petites villes. À Gengenbach, en Forêt-Noire, l’hôtel de ville se transforme en calendrier de l’Avent géant : ses vingt-quatre fenêtres s’ouvrent une à une, chaque soir jusqu’à Noël. À Monschau, dans l’Eifel allemand, près de la frontière belge, les maisons à colombages se serrent au fond d’une vallée étroite. À Esslingen, près de Stuttgart, le marché médiéval, avec ses artisans en costume, côtoie un marché de Noël plus classique.
Si vous partez seule, rien de plus facile : on se promène seule dans un marché de Noël sans que personne s’en étonne. Nous avons rassemblé quelques conseils dans notre guide du voyage en solitaire. Et si vous préférez la douceur au froid, Lisbonne en novembre offre une tout autre lumière.






