Feng shui : commencer l’année avec un intérieur plus équilibré
Né en Chine pour choisir l’emplacement des tombes et des maisons, le feng shui est devenu chez nous une affaire de déco. Retour aux sources d’une tradition, et ce qu’elle peut apprendre, sans promesse miracle, à qui veut commencer l’année dans un intérieur plus serein.

Dans un jardin chinois classique, rien n’est laissé au hasard. Le pavillon se reflète dans le bassin, un rocher percé cache la suite du chemin, une fenêtre ronde cadre un bambou comme un tableau. On marche, on tourne, on découvre. Et l’on ressort, sans savoir pourquoi, plus calme qu’en entrant. C’est la meilleure introduction au feng shui : avant d’être une liste de règles, c’est une manière d’habiter l’espace.
En Occident, le mot a fini par désigner des conseils de décoration, parfois teintés de promesses de prospérité. Revenons aux sources, et voyons ce qu’on peut en garder chez soi.
Ce que veut dire feng shui
Feng shui signifie littéralement « vent et eau ». L’expression vient d’un texte ancien attribué au lettré Guo Pu, qui vécut à la charnière des IIIe et IVe siècles : selon ce texte, le souffle vital, le qi, se disperse avec le vent et s’arrête au contact de l’eau. Il s’agissait donc, à l’origine, de trouver le bon site, abrité des vents, ouvert sur l’eau, pour y installer une tombe ou une maison.
Le feng shui s’est développé pendant des siècles en Chine, puis dans tout le monde chinois, avec deux grandes écoles. L’une, dite des formes, lit le paysage : collines, cours d’eau, orientation des vallées. L’autre, dite de la boussole, s’appuie sur un instrument gradué, le luopan, et sur des calculs liés aux directions, aux cycles du temps et aux cinq éléments de la pensée chinoise, le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau.
Il reste une pratique vivante. À Hong Kong, à Taïwan ou à Singapour, il n’est pas rare qu’on consulte un géomancien avant de choisir un appartement ou d’ouvrir une boutique.
Une tradition, pas une science
Soyons claires. Aucune étude sérieuse n’a montré que l’orientation d’un lit ou la couleur d’un coussin attirait l’argent, l’amour ou la santé. Le feng shui relève de la tradition et de la culture, comme l’astrologie ou l’art des jardins, et c’est ainsi qu’il faut le recevoir : avec curiosité et respect, sans en attendre de miracle.
Ce qui est intéressant, en revanche, c’est que bien des conseils qu’il formule rejoignent le bon sens et ce que l’on sait du confort d’un logement. Une pièce lumineuse, aérée, où l’on circule facilement et d’où l’on voit la porte, est plus agréable à vivre. Le géographe britannique Jay Appleton a même proposé, dans les années 1970, une théorie selon laquelle nous préférons les lieux qui nous permettent de voir sans être vus, à l’abri et avec une vue dégagée. Le feng shui le disait à sa façon depuis des siècles.
Avant d’être une liste de règles, c’est une manière d’habiter l’espace.
L’entrée, là où tout commence
La tradition accorde une grande importance à l’entrée, par laquelle le souffle pénètre dans la maison. Elle doit être dégagée, éclairée, accueillante. Concrètement : rangez les chaussures et les sacs qui s’accumulent, réparez l’ampoule qui grésille, ôtez ce qui gêne l’ouverture de la porte. On ne parle pas ici d’énergie mystérieuse, mais de la première impression que vous fait votre propre logement chaque soir.
La chambre, une pièce pour dormir
Le principe le plus connu est celui de la position dite de commandement : le lit doit permettre de voir la porte sans être placé directement dans son axe. Une tête de lit appuyée contre un mur plein, plutôt que sous une fenêtre, renforce le sentiment d’abri. La tradition déconseille aussi les miroirs face au lit, et le désordre sous le sommier.
Vous pouvez retenir l’idée sans le vocabulaire : une chambre calme, peu encombrée, sans écran ni pile de dossiers, aide à associer la pièce au repos. Si vous dormez mal, ces gestes ne remplaceront pas un avis médical, mais ils ne coûtent rien. Nous en parlions dans notre article sur le sommeil des femmes.
Le séjour et la cuisine, des pièces à vivre
Dans le séjour, le feng shui recommande que les sièges ne tournent pas le dos à l’entrée, qu’on puisse circuler sans contourner les meubles, et que la lumière naturelle soit la plus généreuse possible. Il aime les plantes aux feuilles arrondies et la présence discrète de l’eau, une coupe, un aquarium, une image de rivière.
Dans la cuisine, il veut une cuisinière bien entretenue, des plans de travail dégagés, et l’on se défait des objets ébréchés ou cassés. Là encore, il n’y a rien que votre grand-mère n’aurait approuvé.
Commencer l’année
Le Nouvel An chinois tombe à une date différente chaque année, entre le 21 janvier et le 20 février, le plus souvent à la deuxième nouvelle lune après le solstice d’hiver. En Chine, on fait alors le grand ménage avant la fête, pour chasser l’année écoulée et accueillir la nouvelle. C’est peut-être le geste le plus juste à emprunter au feng shui : trier, réparer, donner, aérer, une fois par an, avec l’idée de faire de la place.
Celles qui voyagent peuvent aussi aller voir la tradition chez elle. Les jardins classiques de Suzhou, en Chine, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, montrent mieux que tous les livres ce que veut dire composer un espace. Ailleurs, des jardins construits avec des artisans chinois, comme celui de Dunedin, en Nouvelle-Zélande, en donnent une idée fidèle.






