Dépistage du cancer du sein : ce qui change à chaque âge
Octobre rose s’achève, les rubans vont quitter les vitrines. Reste une question très concrète : que faut-il faire, à votre âge et avec votre histoire familiale, pour surveiller vos seins ? Le dépistage du cancer du sein, décennie par décennie.

Les façades illuminées en rose vont s’éteindre, les rubans retourner dans les tiroirs. Les questions, elles, ne s’arrêtent pas le 31 octobre. On se demande s’il faut une mammographie à 40 ans, ce que change le cancer d’une mère ou d’une sœur, si la surveillance cesse quand les courriers de l’Assurance maladie ne viennent plus.
Les réponses dépendent de deux choses, votre âge et votre niveau de risque. Le point de départ est connu. Le cancer du sein est le plus fréquent des cancers chez la femme en France, avec environ 61 000 nouveaux cas par an selon l’Institut national du cancer (INCa). C’est aussi un cancer qui se soigne d’autant mieux qu’il est pris tôt : détecté à un stade précoce, il guérit dans neuf cas sur dix, rappelle l’INCa. Le dépistage sert précisément à cela, chercher la maladie chez des femmes qui ne ressentent rien.
De 25 à 49 ans : l’examen clinique des seins chaque année
Avant 50 ans, pour une femme sans risque particulier, il n’y a pas de mammographie de dépistage systématique. Ce n’est pas un oubli. À cet âge, les seins sont souvent plus denses, ce qui rend la mammographie moins performante, et le cancer est moins fréquent. Les inconvénients (fausses alertes, examens supplémentaires, irradiation, même faible) l’emportent alors sur le bénéfice attendu.
Cela ne veut pas dire qu’il ne se passe rien. Dès 25 ans, l’INCa et la Haute Autorité de santé (HAS) recommandent un examen clinique des seins chaque année : une palpation des seins et des aisselles réalisée par un médecin généraliste, un gynécologue ou une sage-femme. Il prend quelques minutes et peut se faire lors d’une consultation pour la contraception ou d’un frottis. Si personne ne vous l’a proposé, demandez-le.
C’est aussi la décennie où il faut parler de sa famille. Le risque est plus élevé lorsque plusieurs femmes du même côté de la famille ont eu un cancer du sein ou de l’ovaire, en particulier à un âge jeune, ou lorsqu’un homme de la famille a eu un cancer du sein. Votre médecin peut évaluer ce risque à l’aide de questions précises et, si nécessaire, vous orienter vers une consultation d’oncogénétique. Celle-ci peut aboutir à la recherche d’une prédisposition génétique, comme une mutation des gènes BRCA1 ou BRCA2.
Risque élevé : un suivi qui commence plus tôt
Les femmes à risque élevé ou très élevé ne relèvent pas du dépistage organisé, mais d’un suivi spécifique, défini par la HAS et l’INCa. Sont concernées notamment les femmes porteuses d’une mutation génétique prédisposante, celles qui ont un antécédent personnel de cancer du sein, celles qui ont reçu une radiothérapie du thorax pendant l’enfance ou la jeunesse (par exemple pour un lymphome), et celles dont l’histoire familiale fait apparaître un risque important.
Pour elles, la surveillance commence souvent bien avant 50 ans. Elle associe selon les cas des examens cliniques plus rapprochés, une IRM mammaire, une mammographie et une échographie, à un rythme fixé par l’équipe médicale. Ce suivi n’est pas une condamnation : il existe justement pour repérer très tôt ce qui doit l’être. Si vous pensez être dans cette situation et que personne n’a jamais posé la question, abordez-la à votre prochain rendez-vous.
Être rappelée après une mammographie n’est pas un diagnostic de cancer : la plupart des examens complémentaires se révèlent rassurants.
De 50 à 74 ans : le dépistage organisé, mode d’emploi
C’est la tranche d’âge où le bénéfice du dépistage par mammographie est le mieux établi. Tous les deux ans, les femmes de 50 à 74 ans sans symptôme ni risque particulier reçoivent une invitation de l’Assurance maladie ou du centre régional de coordination des dépistages des cancers. Le courrier contient la liste des radiologues agréés de votre département. Vous en choisissez un, vous prenez rendez-vous, et vous vous présentez avec l’invitation.
L’examen comprend une mammographie, deux clichés par sein, et un examen clinique des seins. Il est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais. Sa particularité tient à la double lecture : toute mammographie jugée normale par le premier radiologue est relue par un second, spécialement formé. Ce regard supplémentaire permet de repérer des anomalies passées inaperçues.
Si une image est jugée suspecte, le radiologue peut réaliser tout de suite des examens complémentaires, comme une échographie ou des clichés supplémentaires. Dans certains cas, une biopsie est proposée. Ces étapes inquiètent, et c’est compréhensible. Mais la majorité des femmes rappelées n’ont pas de cancer.
Malgré ces garanties, moins d’une femme concernée sur deux participe au dépistage organisé, selon Santé publique France. Certaines font des mammographies en dehors du programme, sur prescription de leur médecin, ce qui reste une surveillance, mais sans la double lecture systématique. D’autres n’en font plus du tout. Si vous n’avez pas reçu ou avez égaré votre invitation, votre médecin traitant ou l’Assurance maladie peuvent vous aider à vous réinscrire.
Les limites du dépistage, dites franchement
Le dépistage a des bénéfices, il a aussi des limites, et l’INCa les expose lui-même. Aucun examen n’est parfait : un cancer peut apparaître entre deux mammographies, d’où l’importance de consulter dès qu’un changement apparaît, sans attendre la date suivante. Il existe aussi un risque de surdiagnostic, c’est-à-dire la détection de petites lésions cancéreuses qui n’auraient jamais évolué au point de menacer la vie, mais que l’on soigne faute de pouvoir les distinguer des autres. Connaître ces limites permet de faire un choix éclairé, en général celui de participer.
Deux situations demandent de prévenir le centre de radiologie. Si vos seins sont denses, ce que le compte rendu mentionne, le radiologue peut compléter la mammographie par une échographie. Si vous avez des implants mammaires, la mammographie reste possible, avec une technique adaptée.
L’accès à l’examen n’est pas le même pour toutes. Pour beaucoup de femmes en situation de handicap, se rendre dans un cabinet de radiologie et se placer devant l’appareil reste un parcours d’obstacles. Notre rubrique Société y consacre une enquête, Femmes handicapées, les oubliées du féminisme.
Après 74 ans : une décision au cas par cas
Les invitations cessent à 75 ans. Le risque, lui, ne disparaît pas : il augmente avec l’âge. Mais l’intérêt d’une mammographie régulière dépend alors de l’état de santé général, des maladies associées, des préférences de chacune. La décision se prend avec le médecin traitant. Une femme de 78 ans en pleine forme peut avoir intérêt à poursuivre une surveillance ; une autre préférera s’en tenir à l’examen clinique. Dans tous les cas, un changement dans un sein doit amener à consulter, quel que soit l’âge.
Ce qui réduit le risque, à tout âge
Certains facteurs ne dépendent pas de vous, comme l’âge ou la génétique. D’autres se modifient. L’INCa range la consommation d’alcool parmi les facteurs de risque du cancer du sein, y compris à faible dose. Le surpoids après la ménopause et le manque d’activité physique en font partie aussi, tandis qu’une activité physique régulière est associée à une diminution du risque. Le traitement hormonal de la ménopause augmente légèrement le risque selon sa composition et sa durée, un point à peser avec le médecin, comme nous l’expliquons dans notre article sur les symptômes de la ménopause.
Reste l’autopalpation. Elle n’a pas fait la preuve, à elle seule, d’une réduction de la mortalité et ne remplace aucun examen. Connaître l’aspect habituel de ses seins permet en revanche de remarquer ce qui change. Le meilleur moment pour regarder, c’est en dehors des règles, quand les seins sont moins tendus.






