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Art de vivre · Maison

Comment lire plus, et plus souvent, sans jamais se forcer

Vous aimeriez lire davantage, mais la pile de livres sur la table de nuit ne baisse pas. Ce n’est ni une question de volonté ni de temps, plutôt d’habitudes et de plaisir. Comment lire plus et plus souvent, avec quelques gestes simples et la permission de ne pas finir un livre.

Gros plan sur les mains d’une femme qui tient un livre ouvert, assise dans l’herbe, baignée par la lumière chaude d’une fin d’après-midi.
Dix pages dans l’herbe valent mieux qu’un week-end de lecture qui n’arrive jamais. Photo : Ben White benwhitephotography, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Sur ma table de nuit, il y a toujours trois livres. Celui que je lis, celui que je devrais lire et celui que je fais semblant de lire depuis l’été. Le deuxième change souvent de place, le troisième jamais. J’ai mis longtemps à comprendre que cette pile n’avait rien d’un reproche : elle disait seulement que je lisais par devoir autant que par goût, et que le devoir, le soir, perd toujours.

Nous sommes nombreuses à vouloir lire davantage, et nombreuses à ne pas y arriver. Les écrans y sont pour quelque chose, la fatigue aussi. Mais la lecture a surtout besoin de deux choses que l’on oublie : du plaisir, et une place dans la journée.

Lire ce qui vous plaît, pour de bon

En 1992, Daniel Pennac publiait Comme un roman, un petit livre devenu un classique des salles de professeurs. Il y dressait la liste des « droits imprescriptibles du lecteur », parmi lesquels le droit de sauter des pages, celui de ne pas finir un livre et celui de lire n’importe quoi. Trente ans plus tard, on n’a rien trouvé de mieux pour réconcilier un lecteur fâché avec les livres.

Prenez-le au mot. Un polar, une saga familiale, une romance, une bande dessinée, un livre de cuisine qu’on lit comme un roman : tout compte. Choisissez quelque chose dont vous savez à l’avance que vous l’aimerez, un auteur déjà apprécié, un genre qui ne vous a jamais déçue. Le classique qui vous intimide attendra. Il a l’habitude.

Et si un livre vous ennuie au bout de cinquante pages, refermez-le sans remords. La vie est trop courte, et la bibliothèque trop grande.

Donner à la lecture un coin à elle

Un fauteuil près de la fenêtre, une lampe qui éclaire bien, un plaid, une tasse de thé : la lecture aime les habitudes et les lieux. Quand un coin de la maison lui est réservé, il suffit de s’y asseoir pour que le corps comprenne de quoi il s’agit.

Pas besoin d’une bibliothèque anglaise. Une chaise confortable et une bonne lumière suffisent. Pour les yeux qui fatiguent, la lumière compte plus que tout : une lampe orientable, posée de côté, change la vie d’une lectrice de soixante-dix ans.

Éloigner le téléphone, vraiment

Vous ouvrez votre livre, vous lisez trois lignes, le téléphone vibre. Vous jetez un œil, juste pour voir, et vingt minutes plus tard vous êtes encore en train de faire défiler des photos de vacances qui ne sont pas les vôtres. Le livre, lui, est toujours ouvert à la même page.

Le mode avion est utile. Le plus efficace reste de laisser le téléphone dans une autre pièce. Les messages seront toujours là dans une heure, et vous ne les lirez pas plus mal. Si le réflexe est tenace, nous avons quelques conseils pour faire une pause avec son téléphone.

Les messages attendront une heure. Le livre, lui, a attendu tout l’été.

Avoir toujours un livre sur soi

Les plus grandes lectrices que je connaisse ne lisent pas davantage le soir : elles lisent partout. Dans le bus, dans la salle d’attente du dentiste, dans la file de la poste, pendant que les pâtes cuisent. Ce sont des bribes de dix minutes, mais elles s’additionnent.

Il suffit d’avoir un livre dans son sac. Un format de poche, une liseuse, ou le téléphone lui-même, à condition de n’y ouvrir que l’application de lecture. Les liseuses permettent aussi d’agrandir les caractères, et les bibliothèques prêtent des livres en gros caractères, ce que beaucoup ignorent.

Les livres audio comptent aussi. Écouter un roman en marchant ou en repassant, c’est lire avec les oreilles, et personne n’a le droit de vous dire le contraire.

Dix pages plutôt qu’un week-end

« Je lirai ce week-end. » Mais le week-end arrive avec ses courses, ses déjeuners de famille et ses lessives, et le livre reste fermé. La lecture ne peut pas être l’activité qu’on garde pour quand tout le reste est fini : tout le reste n’est jamais fini.

Mieux vaut un petit rendez-vous quotidien. Dix pages le matin avec le café, ou un quart d’heure avant d’éteindre la lumière. L’association Silence, on lit ! propose d’ailleurs aux écoles et aux entreprises de s’arrêter chaque jour un quart d’heure pour lire ensemble, chacun son livre. Le principe marche aussi chez soi. Dix pages par jour, c’est plusieurs livres par an, et l’on dépasse presque toujours les dix pages.

Lire avec les autres

La lecture passe pour un plaisir solitaire. Elle est aussi l’une des plus belles choses à partager. Un club de lecture entre amies, un livre que l’on se prête et dont on parle au café, une bibliothèque municipale où l’inscription est souvent gratuite et les bibliothécaires de très bon conseil.

Et puis il y a la lecture à voix haute. Lire une histoire à un petit-enfant, un roman à un mari malade, un poème à table pour un anniversaire : on redécouvre les mots en les disant, et l’on donne aux plus jeunes l’envie d’y aller voir seuls.

Un plaisir, pas un concours

Les réseaux sociaux regorgent de défis de lecture, cinquante livres par an, cent livres par an. Ils motivent certaines lectrices et en découragent beaucoup d’autres. Lire plus n’a d’intérêt que si l’on y prend plus de plaisir. Un seul livre qui vous bouleverse vaut mieux que vingt avalés pour cocher une case.

Si vous cherchez par où commencer, l’œuvre d’Annie Ernaux est une bonne porte d’entrée : des livres courts, limpides, qui parlent de sa vie pour nous aider à comprendre la nôtre. Quant à ma table de nuit, j’ai fini par ranger le troisième livre dans la bibliothèque. Il y est très bien, et moi aussi.

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