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Qu’est-ce qui rend une femme vraiment belle ? Ce que la science voit

On dit que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde, et l’on dit aussi qu’il existe des canons universels. La recherche donne raison aux deux, dans des proportions surprenantes. Ce qui rend une femme vraiment belle aux yeux des autres, et pourquoi le caractère y compte plus qu’on ne croit.

Une femme coiffée d’une couronne de pivoines rouges et de roses rit aux éclats, les yeux tournés de côté, devant un fond jaune.
Photo : Autumn Goodman auttgood, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

« Ce qui me semble beau, est-ce beau pour les autres ? » La question est aussi vieille que les miroirs. Les philosophes y ont répondu de mille façons, les magazines de mode d’une seule, en publiant pendant des décennies les mêmes visages jeunes, minces et lisses. La psychologie, elle, a pris le problème par l’expérience : montrer des visages à des milliers de personnes, et regarder sur quoi elles s’accordent, et sur quoi elles divergent.

Ses résultats ne confirment ni le relativisme complet ni la tyrannie d’un canon unique. Ils disent quelque chose de plus intéressant.

Ce sur quoi tout le monde s’accorde, un peu

En 1990, Judith Langlois et Lori Roggman, à l’université du Texas, ont fabriqué par ordinateur des visages « moyens », en superposant les photographies de nombreuses personnes. Ces visages composites étaient jugés plus attirants que la plupart des visages qui les composaient. D’autres travaux ont montré l’attrait d’une certaine symétrie, et l’équipe de Judith Langlois avait observé dès 1987 que des nourrissons de quelques mois regardaient plus longtemps les visages jugés beaux par les adultes.

Il existe donc un fond de préférences partagées. Les chercheurs l’interprètent souvent comme une préférence pour ce qui est typique, facile à traiter pour le cerveau, voire comme un indice ancien de bonne santé. Mais ce fond est modeste, et il ne dit rien des rides, des rondeurs, de la couleur de peau ou de la forme du nez, qui ont varié d’une époque et d’une culture à l’autre bien plus que les canons ne le laissent croire.

L’œil de celui qui regarde compte autant que le visage

En 2006, le psychologue allemand Johannes Hönekopp a cherché à mesurer ce qui, dans un jugement de beauté, relevait du goût commun et ce qui relevait du goût personnel. Sa conclusion : les deux pèsent à peu près autant. En 2015, une équipe menée par Laura Germine a précisé l’origine de ces goûts personnels, en comparant plus de mille jumeaux dans la revue Current Biology. Ils dépendaient très peu des gènes, et beaucoup de l’histoire de chacun : les visages croisés, aimés, associés à de bons ou de mauvais souvenirs.

Autrement dit, la moitié de votre beauté aux yeux d’une personne tient à elle, pas à vous. Le proverbe avait à moitié raison.

La moitié de votre beauté aux yeux d’un autre tient à son histoire à lui, pas à votre visage.

Ce que le caractère fait au visage

Il y a mieux. En 2004, Kevin Kniffin et David Sloan Wilson ont publié dans Evolution and Human Behavior plusieurs études sur des groupes dont les membres se connaissaient : une équipe d’aviron, une classe. Les personnes qu’on appréciait, qu’on trouvait travailleuses ou loyales, étaient jugées physiquement plus belles par ceux qui les connaissaient que par des inconnus regardant les mêmes photographies. Le caractère modifie la perception même du visage.

La familiarité joue aussi. Le psychologue Robert Zajonc a montré en 1968 que la simple exposition répétée à un stimulus, un mot, une forme, un visage, suffisait à le rendre plus agréable. Les visages de ceux qu’on aime nous paraissent beaux en partie parce que nous les voyons souvent. Et plusieurs études ont observé qu’un même visage est jugé plus attirant quand il sourit que lorsqu’il reste neutre.

Rien de tout cela ne relève de la consolation. C’est un résultat de laboratoire : la beauté perçue est en partie fabriquée par la relation.

Le prix d’un canon trop étroit

Si la beauté pèse autant, c’est qu’elle rapporte. En 1972, Karen Dion, Ellen Berscheid et Elaine Walster montraient que les personnes jugées belles se voyaient prêter spontanément d’autres qualités, comme la gentillesse ou la réussite : « ce qui est beau est bon ». Cet effet de halo fait de l’apparence une inégalité sociale, que l’essayiste américaine Naomi Wolf a dénoncée dans Quand la beauté fait mal (1991, The Beauty Myth en version originale), et la journaliste Mona Chollet dans Beauté fatale (2012). Il pèse plus lourd encore sur les femmes dont la peau, l’âge ou le corps s’éloignent du modèle, comme nous l’avons raconté à propos du colorisme.

Le canon a aussi un coût intérieur. En 1998, Barbara Fredrickson et ses collègues ont demandé à des étudiantes de passer un test de mathématiques après avoir enfilé, seules dans une cabine, soit un maillot de bain, soit un pull. En maillot, elles réussissaient moins bien. Se surveiller du regard des autres, même sans témoin, mobilise une attention qui manque ailleurs.

Alors, qu’est-ce qui rend une femme vraiment belle ?

Un peu de ce que la nature distribue au hasard. Beaucoup de ce que les autres apportent avec eux. Et une part réelle de ce qu’elle est : sa façon de rire, de s’intéresser, d’être loyale, de se tenir dans une pièce. Ce sont ces traits-là que retiennent ceux qui nous connaissent, et ils ne se fanent pas au même rythme que la peau.

On peut aimer se maquiller, choisir son rouge à lèvres à tout âge ou laisser pousser ses cheveux blancs avec le même plaisir. L’essentiel est que l’apparence reste un jeu et non un examen permanent. Si le regard des autres vous pèse plus que de raison, notre article sur le jugement d’autrui montre combien il est moins attentif qu’on ne le croit.

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