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Culture · Cinéma

Les dix meilleures comédies romantiques de tous les temps, de Capra à L’Arnacœur

Une héritière en fuite, un employé qui prête son appartement, une libraire contre un géant du livre, une célibataire et son journal intime. Dix comédies romantiques qui ont traversé les décennies, choisies pour leurs dialogues, leurs actrices et leur esprit.

Une rue de Notting Hill, à Londres, bordée de maisons mitoyennes aux façades pastel, blanche, rose, verte et bleue, sous un ciel bleu.
Notting Hill, à Londres, décor d’une des comédies romantiques les plus aimées. Photo : Valeria Esparza Arias, Wikimedia Commons (CC0)

La comédie romantique a mauvaise réputation. On la dit mièvre, prévisible, réservée aux soirées pyjama. C’est oublier qu’elle est l’un des genres les plus difficiles qui soient : il faut faire rire et émouvoir dans le même mouvement, rendre crédible une évidence (ces deux-là vont finir ensemble) et donner envie de la voir arriver. Les meilleures reposent sur des dialogues ciselés et des actrices qui ont autant d’esprit que leurs partenaires.

Voici notre sélection, par ordre chronologique. Elle laisse de côté les grands mélodrames, comme N’oublie jamais, qui font pleurer sans faire rire.

1. New York-Miami, Frank Capra (1934)

Une héritière, jouée par Claudette Colbert, fuit son père pour rejoindre un mari qu’il désapprouve. Dans le car de nuit qui la mène de Miami à New York, elle croise un journaliste au chômage, Clark Gable, qui flaire le scoop. Tout le genre est déjà là : la dispute, la complicité malgré soi, la couverture tendue entre deux lits comme un rempart. Et une scène d’auto-stop où elle montre à son compagnon comment on arrête une voiture, d’un simple mouvement de jambe. Le film a été le premier à remporter les cinq Oscars principaux : film, réalisation, acteur, actrice et scénario.

2. La Garçonnière, Billy Wilder (1960)

Un employé d’une compagnie d’assurances, Jack Lemmon, prête son appartement à ses supérieurs pour leurs liaisons, en échange de promotions. Il est amoureux de la liftière de l’immeuble, Shirley MacLaine, qui se trouve être la maîtresse de son patron. C’est drôle, cruel, mélancolique, et c’est le plus beau rôle de Shirley MacLaine. Le film a reçu l’Oscar du meilleur film. Sa dernière scène, une partie de cartes, est l’une des déclarations d’amour les plus pudiques du cinéma.

3. Quand Harry rencontre Sally…, Rob Reiner (1989)

En 1977, deux jeunes diplômés de l’université de Chicago partagent une voiture pour aller à New York. Ils se détestent cordialement. Ils vont se recroiser pendant douze ans. Le scénario est signé Nora Ephron, et il répond à une question qui obsède encore : un homme et une femme peuvent-ils être amis ? Meg Ryan et Billy Crystal y sont parfaits. La scène du restaurant Katz’s, où Sally démontre à Harry qu’il ne sait pas tout des femmes, est entrée dans l’histoire. La réplique finale de la scène est prononcée par la mère du réalisateur, Estelle Reiner.

4. Pretty Woman, Garry Marshall (1990)

Un homme d’affaires, Richard Gere, engage pour une semaine une prostituée de Hollywood Boulevard, Julia Roberts. Le conte de fées a vieilli, et l’on peut sourire de son idée de l’émancipation par la carte de crédit. Mais Julia Roberts, vingt-deux ans, y invente une présence comique et lumineuse qu’on n’a jamais oubliée. La scène où elle revient, chargée de sacs, dans la boutique qui l’avait snobée, reste un plaisir intact.

5. Quatre mariages et un enterrement, Mike Newell (1994)

Un célibataire anglais, Hugh Grant, croise et recroise une Américaine, Andie MacDowell, au fil de quatre mariages et d’un enterrement. Le scénario de Richard Curtis invente la comédie romantique britannique moderne : des amis bavards, des maladresses en série, et une émotion qui surgit au moment où on ne l’attend pas. À l’enterrement, un personnage lit Funeral Blues, le poème de W. H. Auden. Beaucoup de spectateurs l’ont découvert ce jour-là.

Il faut faire rire et émouvoir dans le même mouvement, et donner envie de voir arriver ce que l’on sait déjà.

6. Vous avez un message, Nora Ephron (1998)

Une libraire de quartier, Meg Ryan, et le patron d’une chaîne de grandes librairies, Tom Hanks, se détestent dans la vie et s’écrivent chaque soir, sans le savoir, des courriels anonymes délicieux. Nora Ephron, cette fois derrière la caméra, reprend Rendez-vous, la comédie d’Ernst Lubitsch de 1940, et l’installe dans le New York de l’Internet naissant. C’est aussi une élégie pour les petites librairies, ce qui lui donne aujourd’hui une résonance particulière.

7. Coup de foudre à Notting Hill, Roger Michell (1999)

Un libraire londonien, Hugh Grant, voit entrer dans sa boutique de livres de voyage la plus grande star de cinéma du monde, Julia Roberts. Richard Curtis, encore lui, signe le scénario. Le film est un conte sur la célébrité, sur la timidité, et sur les amis qui vous sauvent. Rhys Ifans y vole plusieurs scènes en colocataire débraillé. La chanson qui accompagne le dénouement, She, est une reprise par Elvis Costello d’un succès de Charles Aznavour.

8. Le Journal de Bridget Jones, Sharon Maguire (2001)

Adapté du roman d’Helen Fielding, le film suit Bridget, trentenaire londonienne qui tient le journal de ses cigarettes, de ses verres de vin et de ses résolutions. Renée Zellweger, Texane, a pris un accent anglais impeccable. Entre Hugh Grant en séducteur cynique et Colin Firth en avocat coincé, elle hésite. Le clin d’œil à Orgueil et Préjugés est assumé : Colin Firth avait joué Mr Darcy dans la série de la BBC en 1995, et son personnage s’appelle ici Mark Darcy. Une comédie réalisée par une femme, sur une héroïne imparfaite et drôle, qui a beaucoup fait pour qu’on rie avec les célibataires plutôt que d’elles.

9. L’Arnacœur, Pascal Chaumeil (2010)

Alex, Romain Duris, gagne sa vie en séduisant des femmes pour les arracher à des compagnons jugés indignes de leur famille. Un père le charge d’empêcher le mariage de sa fille, Juliette, Vanessa Paradis, avec un fiancé parfait. Problème : le fiancé n’a aucun défaut, et Alex tombe amoureux. Tourné à Monaco, le film prouve qu’on sait faire, en France, des comédies romantiques au rythme américain. François Damiens et Julie Ferrier, en complices d’Alex, sont irrésistibles.

10. Crazy, Stupid, Love, Glenn Ficarra et John Requa (2011)

Cal, Steve Carell, apprend que sa femme, Julianne Moore, veut divorcer. Un séducteur professionnel, Ryan Gosling, entreprend de lui apprendre à plaire. Pendant ce temps, Emma Stone croise la route du séducteur, et tout se complique. Le film entrelace plusieurs histoires d’amour à différents âges, et ose une scène où Ryan Gosling et Emma Stone rejouent le porté final de Dirty Dancing. C’est la preuve que le genre sait encore se réinventer.

Celles qu’on aurait aimé ajouter

Toute liste est injuste. Love Actually, de Richard Curtis (2003), a ses fidèles, surtout en décembre. L’Impossible Monsieur Bébé, de Howard Hawks (1938), avec Katharine Hepburn et un léopard, aurait pu figurer en tête. Et Annie Hall (1977) a marqué son époque, avec Diane Keaton. Si vous préférez les films où les femmes tiennent davantage la caméra, notre sélection de quinze films de femmes à voir ou revoir ouvre d’autres horizons.

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