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Famille · Générations

Grands-mères d’aujourd’hui : ni gâteaux ni nounous, mais une juste place

Elles travaillent encore, voyagent, ont une vie amoureuse et piscine le mercredi. Les grands-mères d’aujourd’hui ne ressemblent plus aux images d’Épinal, mais on leur demande souvent davantage. Comment être grand-mère sans devenir la nounou de service ni la belle-mère redoutée.

Au premier plan, une femme en pull rayé tient une tasse à deux mains ; derrière elle, floue, une petite fille roule dans une voiture électrique miniature à la tombée du jour.
Être là, une tasse à la main, sans être de corvée : tout l’art d’être grand-mère. Photo : Shixart1985, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Quand ma belle-fille m’a demandé, avec beaucoup de délicatesse, si je pourrais garder le bébé tous les mercredis, j’ai répondu oui. Un mercredi sur deux. L’autre, j’ai chorale, et je tiens à ma chorale autant qu’à mes petits-enfants, ce que je ne dis pas devant eux. Nous en avons ri, nous avons trouvé une voisine pour les mercredis impairs, et personne n’a été fâché.

Cette petite négociation résume assez bien le métier de grand-mère aujourd’hui. On nous aime, on compte sur nous, et l’on oublie parfois que nous avons, nous aussi, un agenda.

La grand-mère au chignon a pris sa retraite

L’image a la vie dure : un tablier noué sur une robe à fleurs, une cuisine qui sent la confiture. Elle ne correspond plus à grand-chose. On devient souvent grand-mère avant la retraite, parfois en pleine carrière. On peut être divorcée, remariée, amoureuse, sportive, en train d’apprendre l’italien ou de soigner ses propres parents très âgés. Les grands-mères de cinquante-cinq ans et celles de quatre-vingt-cinq ans n’ont en commun que le titre.

Même la fête qui leur est consacrée a l’âge d’une génération : elle a été lancée en France en 1987 par une marque de café, et se célèbre le premier dimanche de mars. On a connu des traditions plus anciennes.

Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est le besoin. Quand la crèche ferme à 18 h 30, quand l’enfant a de la fièvre un matin de réunion, beaucoup de familles appellent d’abord les grands-parents. Cette aide informelle tient debout une bonne part de la vie des jeunes parents, et elle repose souvent sur les femmes.

Garder les petits : un cadeau, pas un dû

Garder ses petits-enfants est un bonheur. C’est aussi une fatigue que l’on mesure mal à trente ans : porter un enfant de douze kilos, le suivre au square, le relever dix fois, le faire dîner, tout cela pèse autrement à soixante-dix ans.

Le mieux est de parler clairement dès le début, avant que l’habitude ne devienne une obligation. Quels jours, quelles heures, quelles exceptions ? Qui paie les couches, les goûters, l’essence ? Que se passe-t-il si la grand-mère est malade, ou part trois semaines en voyage ? Ces questions semblent prosaïques. Elles évitent les rancœurs, qui naissent toujours de ce qu’on n’a pas osé dire.

Et l’on a le droit de refuser, ou de dire « pas cette fois ». Une grand-mère épuisée n’est utile à personne. Si le mot vous reste en travers de la gorge, notre consœur de la rubrique psycho explique très bien comment dire non sans se justifier.

Une grand-mère n’est pas un mode de garde : c’est une personne, qui a parfois piscine le mercredi.

Chez grand-mère, d’autres règles

Les enfants le savent d’instinct : chez les grands-parents, on peut manger sa tartine devant la cheminée, se coucher un peu plus tard, écouter les mêmes histoires vingt fois. Cette différence est saine. Elle apprend à l’enfant que les règles dépendent des lieux et des personnes, et qu’il existe plusieurs façons d’être aimé.

Encore faut-il distinguer l’accessoire de l’essentiel. Sur tout ce qui touche la santé et la sécurité, ce sont les parents qui décident : le siège auto, les allergies, les médicaments, le sommeil du nourrisson couché sur le dos, et désormais les écrans avant trois ans. On peut être la maison où l’on a le droit de goûter deux fois ; pas celle où l’on a le droit de voyager sans ceinture.

Le principe est simple, l’application moins : chez moi, mes règles ; pour l’éducation de l’enfant, celles de ses parents. Et quand une règle des parents vous semble absurde, ce n’est pas à l’enfant qu’il faut le dire.

Belle-mère : la place la plus délicate

Il y a les grands-mères du côté de la mère et celles du côté du père, et chacune sait laquelle elle est. La belle-mère occupe une position inconfortable : elle aime son fils, elle aime ses petits-enfants, et elle doit composer avec une femme qui ne l’a pas choisie et qui élève ces enfants à sa manière.

Quelques règles évitent la plupart des orages. Ne donnez un conseil que s’il est demandé, et une seule fois. Si quelque chose vous préoccupe vraiment, parlez-en à votre enfant, pas à son conjoint, et jamais devant les petits. Ne comparez pas : ni avec la façon dont vous faisiez, ni avec l’autre grand-mère. Et souvenez-vous de votre propre belle-mère, du moins des jours où elle vous agaçait.

L’inverse est vrai aussi. Les jeunes parents gagnent beaucoup à expliquer leurs choix plutôt qu’à les imposer, et à laisser la grand-mère faire les choses à sa façon tant qu’il n’y a pas de danger. Personne n’a jamais été traumatisé par une purée trop beurrée.

Ce que dit la loi

Quand les relations se brouillent pour de bon, il est utile de savoir que le droit français protège le lien. L’article 371-4 du Code civil pose que l’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants, et que seul son intérêt peut y faire obstacle. C’est un droit de l’enfant, non des grands-parents, et le juge aux affaires familiales tranche en fonction de cet intérêt. Avant d’en arriver là, la médiation familiale permet souvent de renouer le fil.

Ce qu’une grand-mère transmet

Une grand-mère n’est pas une seconde mère. Elle est autre chose : un adulte qui n’a pas la charge de l’éducation, qui a du temps à perdre et des histoires à raconter. Elle connaît la jeunesse des parents, ce qui fascine toujours les enfants. Elle sait la recette des crêpes du dimanche et le nom de l’arrière-grand-oncle sur la photo jaunie.

Elle transmet aussi, sans le vouloir, une image de la vieillesse. Une grand-mère qui part marcher, qui lit, qui a des amies et des projets, montre aux enfants que la vie ne s’arrête pas à soixante ans. Pour celles qui en douteraient, notre rubrique people raconte ces femmes qui ont tout commencé après soixante ans.

Mes petits-enfants savent qu’un mercredi sur deux, je chante. Le plus grand m’a demandé l’autre jour s’il pourrait venir écouter. J’y vois une forme de transmission.

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