Six types de personnes à tenir à distance, et comment s’y prendre avec tact
On ne choisit ni ses collègues, ni sa belle-famille, ni ses voisins de palier. On choisit en revanche la place qu’on leur laisse. Six types de personnes à éloigner de votre vie, et l’art, très ancien, de prendre ses distances sans claquer la porte.

Ma mère avait une formule pour les gens qu’elle ne souhaitait plus voir : « Nous nous croiserons avec plaisir. » Elle la prononçait avec un sourire parfait, et la personne repartait sans comprendre qu’elle venait d’être congédiée. Nous ne nous sommes jamais croisés avec qui que ce soit. C’était, je crois, la forme la plus courtoise de la rupture.
Le savoir-vivre a toujours su organiser la distance. On l’oublie, parce qu’on le croit tout entier occupé à rapprocher les gens. Mais vouvoyer, rester dans l’entrée, ne pas rendre une invitation, ce sont aussi des manières de tenir quelqu’un à bonne distance sans l’humilier.
Une précision avant la liste : il ne s’agit pas de ranger les gens dans des cases. Nous avons tous été, un jour de fatigue, pessimiste ou médisante. Ce sont les comportements qui se répètent qui doivent alerter, pas l’écart d’un soir.
1. Le pessimiste qui éteint tout
Vous parlez d’un projet, il vous explique pourquoi il échouera. Vous évoquez un voyage, il connaît quelqu’un qui s’y est fait voler son passeport. Un peu de prudence rend service ; un pessimisme permanent finit par déteindre, et l’on rentre de chaque conversation avec moins d’élan qu’on n’en avait.
Comment prendre ses distances. Ne partagez plus vos projets avec lui tant qu’ils sont fragiles. Racontez-les une fois faits. Il ne pourra plus vous prédire qu’ils échoueront, et vous aurez gardé votre courage intact.
2. Celui qui disparaît quand ça va mal
Il est de toutes vos fêtes, il aime votre table et votre maison de vacances. Le jour où vous perdez votre emploi ou votre père, il n’appelle pas. Ce n’est pas toujours de l’indifférence : certaines personnes ne savent pas quoi dire face au malheur et préfèrent se taire. Mais quand la défection se répète, elle vous dit ce que vous représentez pour lui.
Comment prendre ses distances. Laissez-le à sa place, celle d’une relation agréable pour les jours heureux. Ne lui confiez plus ce qui compte. Réservez vos confidences à celles qui sont venues quand il pleuvait.
3. Le censeur
Votre coiffure, votre manière d’élever vos enfants, le prix de vos chaussures, rien ne trouve grâce à ses yeux. La critique utile existe : elle est rare, précise, et elle vient de quelqu’un qui vous veut du bien. Le censeur, lui, critique tout, tout le temps, et vous ne pourrez jamais le satisfaire.
Comment prendre ses distances. Ne vous justifiez pas. « C’est possible » ou « Je vais y penser », dits d’une voix aimable, épuisent un censeur bien plus vite qu’une plaidoirie. Et si la critique porte sur votre corps, rappelez-vous qu’il commet lui-même une faute de savoir-vivre : on ne commente pas le corps des autres.
4. Le manipulateur
C’est le plus difficile à repérer, parce qu’il est souvent charmant. Quelques signes reviennent : vous vous sentez régulièrement coupable sans savoir de quoi, ses demandes arrivent toujours enveloppées de flatterie ou de reproche, ses versions des faits changent, et vous avez de plus en plus de mal à voir vos autres proches. Ce ne sont pas des preuves, et il ne faut pas jouer au diagnostic. Mais si vous vous reconnaissez dans ce portrait, faites-vous confiance.
Comment prendre ses distances. Espacez les rencontres, gardez des traces écrites de ce qui est convenu, ne prenez aucune décision importante sous sa pression. Parlez-en à quelqu’un d’extérieur. Si cette personne est votre conjoint, et que vous vous sentez surveillée, rabaissée ou menacée, ce n’est plus une question de savoir-vivre : lisez notre article sur les signes des violences conjugales et appelez le 3919, anonyme et gratuit.
On n’a pas besoin d’une dispute pour s’éloigner de quelqu’un. Il suffit d’arrêter, doucement, de répondre présente.
5. Le menteur récidiviste
Tout le monde enjolive une histoire de temps en temps. Le menteur récidiviste, lui, ment sur ce qui compte : un rendez-vous manqué, une somme d’argent, ce qu’il a dit de vous. Une fois découvert, il s’excuse, vous pardonnez, et il recommence, puisque le pardon a si bien marché. Le mensonge répété est une forme de mépris : il suppose que vous ne vous en apercevrez pas, ou que cela vous est égal.
Comment prendre ses distances. Cessez de compter sur lui pour quoi que ce soit d’important : ni argent, ni clé, ni secret. Vous n’avez pas besoin de l’accuser. Il suffit de ne plus lui donner l’occasion de mentir.
6. La commère
Elle connaît la vie de tout le monde et la raconte avec talent. C’est délicieux, jusqu’au jour où l’on comprend que ce qu’elle dit des autres devant vous, elle le dit de vous devant les autres. Les commérages ont leur utilité sociale, disent certains chercheurs, ils transmettent des informations sur qui est fiable. Ce n’est pas une raison pour en être la matière première.
Comment prendre ses distances. Ne relancez pas. Une conversation qui tourne aux ragots s’éteint d’elle-même quand personne ne demande « et alors ? ». Ramenez la conversation aux livres, aux voyages, aux recettes. Et ne lui confiez rien que vous ne voudriez lire sur la porte de l’immeuble.
L’art de la distance polie
Couper les ponts est parfois nécessaire. Mais la plupart du temps, surtout avec une belle-sœur ou un collègue, il vaut mieux une distance graduée, que l’on peut toujours réduire si la personne change.
Ce que l’on gagne à ces éloignements, c’est du temps et de l’attention pour les autres, ceux qui vous font du bien. Si la question se pose plutôt avec une amie proche, nous avons regardé de près les amitiés qui font plus de mal que de bien. Et si vous avez du mal à vous éloigner parce que vous craignez de déplaire, voyez les signes qu’on en fait trop pour plaire aux autres.
Ma mère, elle, n’a jamais rien expliqué à personne. Elle a « croisé avec plaisir » une bonne dizaine de personnes sans jamais les revoir, et elle a gardé jusqu’au bout des amies qu’elle connaissait depuis l’école.






