Cinq amitiés qui vous font plus de mal que de bien
On parle beaucoup des couples qui abîment, beaucoup moins des amitiés. Pourtant, certaines amies nous laissent épuisées, rabaissées ou toujours inquiètes. Cinq types d’amies à éviter, ce que la psychologie sait de ces liens ambivalents, et comment desserrer l’étreinte sans drame.

J’ai eu, pendant près de vingt ans, une amie que j’aimais beaucoup et que je quittais toujours un peu plus fatiguée qu’en arrivant. Elle était drôle, cultivée, généreuse en cadeaux. Elle avait aussi le don de me faire sentir, d’une phrase, que ma maison était mal tenue et mes enfants mal élevés. Il m’a fallu longtemps pour comprendre que ce n’était pas moi qui étais trop susceptible.
Le mot « toxique » est devenu si courant qu’il ne veut plus dire grand-chose. Il a aussi le défaut de désigner des personnes, alors que ce sont surtout des comportements et des dynamiques qui posent problème. Une amie n’est pas mauvaise en bloc. Elle peut être précieuse à certains égards et blessante à d’autres. C’est précisément ce mélange qui rend ces amitiés si difficiles à quitter.
Pourquoi une amitié ambivalente fatigue autant
Les psychologues américains Bert Uchino et Julianne Holt-Lunstad ont beaucoup étudié ce qu’ils appellent les relations « ambivalentes » : celles qui sont à la fois source de soutien et de contrariété. Leurs travaux suggèrent que ces liens ne sont pas neutres pour le corps. Comparées aux relations franchement soutenantes, elles sont associées à une réactivité plus forte au stress et à une tension artérielle plus élevée.
Une explication avancée est simple : avec une amie fiable, on se détend ; avec une amie imprévisible, on reste sur ses gardes, faute de savoir laquelle des deux va arriver. On ne fuit pas, parce qu’il y a aussi du bon. On reste, en alerte. Voici cinq figures qui reviennent souvent.
1. La rivale
Une saine émulation entre amies est une bénédiction : on se pousse, on s’inspire. La rivale, elle, transforme tout en compétition, le salaire, le compagnon, la ligne, la réussite des enfants. Vous lui annoncez une promotion ? Elle parle aussitôt de la sienne, ou trouve à la vôtre un inconvénient. Elle ne se réjouit jamais tout à fait pour vous.
Le signe qui ne trompe pas : vous commencez à taire vos bonnes nouvelles pour lui épargner, ou pour vous épargner, sa réaction.
2. La tragédienne
Sa vie est une suite de catastrophes, et l’on finit par se demander si elle ne les collectionne pas. Le collègue l’a trahie, la belle-mère l’a humiliée, le plombier l’a volée. Vous l’écoutez, vous proposez des solutions, elle les écarte toutes. Le drame n’attend pas d’être résolu, il attend un public.
Attention à ne pas confondre : une amie qui traverse une vraie épreuve, un deuil, une maladie, une dépression, a besoin de vous, et vous ne pouvez pas toujours vous attendre à ce qu’elle soit drôle. La tragédienne, elle, est en crise depuis quinze ans, et jamais une conversation ne porte sur vous.
3. La critique déguisée en franchise
« Je te le dis parce que je suis ton amie. » La phrase précède, en général, une remarque sur votre coupe de cheveux, votre manière de dépenser ou votre nouveau compagnon. Ou bien la pique arrive en riant, « tu sais bien que je plaisante », et si vous protestez, c’est vous qui manquez d’humour.
Une vraie amie peut vous dire une chose difficile, une fois, avec délicatesse, et quand c’est vraiment utile. La critique permanente, même enrobée, use la confiance en soi, et vous oblige à vous défendre à chaque rencontre.
Une amie peut vous dire une vérité difficile. Elle ne vous la dit pas à chaque café.
4. L’amie fantôme
Elle promet de passer, d’appeler, de venir à votre anniversaire. Elle ne vient pas, se décommande au dernier moment, réapparaît trois mois plus tard comme si de rien n’était. La vie est compliquée, et nous avons toutes eu des années où l’on ne voyait plus personne. Mais quand c’est toujours vous qui relancez, toujours vous qui vous adaptez, la question se pose de ce que vous représentez pour elle.
Personne n’est occupé tous les jours de l’année. Le plus souvent, c’est une affaire de priorités, et il est permis de ne plus courir après quelqu’un qui ne se retourne jamais.
5. L’amie à sens unique
Elle appelle quand elle a besoin : d’une oreille, d’une voiture, d’un canapé pour la nuit, d’un piston pour son fils. Quand c’est votre tour, elle est débordée. Ses confidences sont fleuves, les vôtres tombent à plat, et vos secrets, il faut bien le dire, ne restent pas toujours chez elle.
L’amitié n’est pas une comptabilité. Mais sur des années, elle suppose une forme d’équilibre : chacune donne et reçoit, pas forcément la même chose, ni au même moment.
Parler, espacer, ou laisser s’éteindre
Avant de trancher, il vaut souvent la peine de parler. Beaucoup de ces comportements ne sont pas conscients, et une phrase simple peut suffire : « Quand tu dis ça de mes enfants, ça me blesse. » Une amie qui tient à vous l’entendra. Si elle se moque, ou si rien ne change, vous aurez votre réponse.
Entre la rupture et le statu quo, il existe une voie moyenne : espacer. Voir l’amie en groupe plutôt qu’en tête-à-tête, choisir des activités plutôt que de longues conversations, ne plus être celle qui propose. Beaucoup d’amitiés s’apaisent ainsi, et certaines s’éteignent doucement, sans qu’il y ait besoin de rien déclarer. Nous avons consacré un article à l’amitié entre femmes après quarante ans, à ce qui la fait durer et à ce qui la défait.
Et si ces difficultés se retrouvent ailleurs, au travail ou dans la famille, nous avons aussi parlé des personnes à tenir à distance et de la manière de le faire avec tact.
Quant à mon amie, nous ne nous sommes jamais fâchées. Je l’ai simplement vue moins, puis rarement. Le temps libéré est allé à deux ou trois autres, dont je reviens toujours un peu plus légère, et c’est peut-être la meilleure définition de l’amitié que je connaisse.






