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Amour & sexo · Couple

Reproches, honte, perfectionnisme : trois manipulations nées d’un ego fragile

Il ne se fait pas confiance, alors c’est vous qui doutez. Trois types de manipulations qu’un homme à la faible estime de soi peut exercer dans le couple, ce que la psychologie en comprend, et comment ne pas porter à sa place ce qui ne vous appartient pas.

Une forêt de troncs fins et nus disparaît dans un brouillard blanc, au-dessus d’un sol couvert de feuilles mortes rousses.
Le brouillard ne s’installe pas d’un coup. On s’aperçoit un jour qu’on n’y voit plus. Photo : Macie Jones macieej, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Vous rentrez avec une bonne nouvelle, une promotion, un compliment reçu, un projet qui avance. Il sourit à peine, puis trouve à redire : le dîner n’est pas prêt, vous avez encore oublié de rappeler sa mère, et cette promotion, vous croyez vraiment que vous allez tenir le rythme ? Vous allez vous coucher avec la sensation diffuse d’avoir mal fait quelque chose. Sans savoir quoi.

Ce scénario a mille variantes. Il arrive qu’il trouve sa source chez un partenaire qui se sent profondément insuffisant et qui, faute de pouvoir le regarder en face, le fait porter à l’autre. Nous parlons ici d’un homme, comme le titre. Les mêmes mécanismes existent, bien sûr, chez les femmes et dans les couples de même sexe.

Faible estime de soi, ego fragile : ce que dit la recherche

Une précision d’abord, car le sujet est plus subtil qu’il n’y paraît. Les psychologues discutent depuis longtemps du lien entre estime de soi et agressivité. En 1996, Roy Baumeister et ses collègues ont soutenu, dans une revue de travaux restée célèbre, que la violence naît moins d’une estime de soi basse que d’une image de soi gonflée mais instable, menacée par la moindre critique. D’autres recherches ont depuis montré qu’une estime de soi durablement faible peut, elle aussi, s’accompagner d’hostilité.

Retenons l’idée commune : ce qui rend dangereux, c’est un ego fragile, qui ne supporte pas d’être remis en cause. Et retenons surtout que cette fragilité explique certains comportements sans jamais les excuser. Avoir mal en soi ne donne aucun droit sur l’autre.

Première manipulation : le reproche, ou la faute déplacée

Il vous reproche ce que vous ne contrôlez pas : le retard du train, la pluie le jour du pique-nique, l’humeur de son chef. Ou ce qu’il fait lui-même : il vous accuse d’être distante alors qu’il ne vous parle plus, de dépenser trop quand c’est lui qui creuse le compte.

Les psychanalystes appellent cela la projection. Anna Freud l’a rangée en 1936 parmi les mécanismes de défense du moi : attribuer à l’autre ce qu’on ne supporte pas en soi. C’est souvent inconscient, ce qui ne le rend pas moins pénible. À force, vous finissez par douter de votre propre jugement, et par vous excuser de choses que vous n’avez pas faites.

Ce que vous pouvez faire : revenir aux faits, calmement, sans entrer dans la surenchère. « Le train avait du retard, je n’y suis pour rien. » Prendre du champ, aussi, et vérifier auprès d’une personne de confiance que votre perception tient debout. Un regard extérieur remet souvent les choses à leur place.

Deuxième manipulation : la honte, qui fait taire

Le reproche vise ce que vous faites. La honte vise ce que vous êtes. « Tu es ridicule. » « Personne d’autre ne te supporterait. » « Avec ton passé, tu ferais mieux de te taire. » Parfois sans un mot : un regard levé au ciel quand vous parlez en public, un soupir quand vous vous habillez.

La psychologue américaine June Tangney a consacré une grande partie de ses recherches à distinguer ces deux sentiments. La culpabilité porte sur un acte, et pousse à le réparer. La honte porte sur la personne entière, et pousse à se cacher, à se faire petite. C’est exactement ce qui la rend efficace dans une relation d’emprise : une femme qui a honte d’elle-même n’ose plus parler, ni demander de l’aide, ni partir.

Une femme qui a honte d’elle-même n’ose plus parler, ni demander de l’aide, ni partir.

Ce que vous pouvez faire : nommer la chose. « Quand tu dis ça, tu m’humilies. » Et refuser la conversation tant que le ton reste celui-là. Si chaque discussion vous laisse diminuée, le problème ne se trouve pas dans votre sensibilité.

Troisième manipulation : le perfectionnisme imposé aux autres

Il ne supporte pas l’échec, et surtout pas le sien. Alors il exige la perfection autour de lui : la maison, vos enfants, votre corps, votre façon de parler à ses amis. Rien n’est jamais assez bien, et vous courez après une approbation qui ne vient pas.

Les psychologues canadiens Paul Hewitt et Gordon Flett ont décrit dès 1991 plusieurs formes de perfectionnisme, dont l’une est tournée vers autrui : l’exigence de perfection imposée aux autres. Elle s’accompagne volontiers de critique, de mépris et de conflits. Pour celui qui l’exerce, elle a une fonction : tant que vous êtes en faute, il reste sur son piédestal.

Ce que vous pouvez faire : vous rappeler que sa tranquillité intérieure n’est pas de votre ressort. Vous ne réparerez pas son estime de soi en devenant irréprochable. Lui seul peut faire ce travail, avec un thérapeute s’il le souhaite.

Sortir du brouillard

Ces trois manipulations ont un point commun : elles déplacent sur vous un poids qui ne vous appartient pas. Le premier pas consiste à le remarquer. Notez ce qui se passe, avec les dates : quand on doute de soi, l’écrit tient bon. Parlez-en à une amie, à votre médecin, à un psychologue. Ne comptez pas trop sur la thérapie de couple tant que ces mécanismes dominent : les spécialistes des violences la déconseillent en général lorsqu’il y a emprise, car la parole n’y est pas libre.

Si vous vous reconnaissez dans ces lignes au point d’avoir peur, lisez aussi notre article sur les quinze signes d’emprise et celui de nos collègues de la rubrique société sur les violences conjugales. Et si vous avez du mal à tenir vos positions face à lui, savoir dire non sans se justifier s’apprend, à tout âge.

Un partenaire qui va mal mérite de la compassion. Il ne mérite pas que vous alliez mal à sa place.

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