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Sœur André, doyenne de l’humanité depuis avril 2022, s’est éteinte à 118 ans

Lucile Randon était née à Alès en 1904, sous la IIIe République. Devenue sœur André, doyenne de l’humanité en avril 2022, elle s’est éteinte dans son sommeil le 17 janvier 2023, à Toulon. Portrait d’une femme qui a traversé un siècle en servant les autres.

De fines bougies de cire allumées, plantées dans un bac de sable, brillent dans la pénombre d’une église.
Sœur André s’est éteinte dans son sommeil, à Toulon, le 17 janvier 2023. Photo : Guillaume Paumier, Wikimedia Commons (CC BY 3.0)

Elle est partie sans bruit, dans son sommeil, le 17 janvier 2023, à l’Ehpad Sainte-Catherine-Labouré de Toulon où elle vivait depuis 2009. Elle avait 118 ans. Sœur André, née Lucile Randon, était depuis le mois d’avril 2022 la doyenne de l’humanité, la personne vivante la plus âgée dont l’âge avait été vérifié. Le porte-parole de l’établissement, David Tavella, a rapporté qu’elle souhaitait depuis longtemps rejoindre son frère tant aimé.

On aurait tort de ne retenir d’elle qu’un record. Sœur André a eu plusieurs vies, et toutes, ou presque, ont été consacrées aux autres.

Une enfance cévenole, au début du siècle

Lucile Randon naît le 11 février 1904 à Alès, dans le Gard, dans une famille protestante. Elle grandit avec des frères, dans la France d’avant la Grande Guerre, celle des lampes à pétrole et des charrettes. Pour mesurer ce que représente sa vie, il suffit d’une image : quand elle vient au monde, les frères Wright ont fait voler leur premier avion moins de deux mois plus tôt. Elle verra l’homme marcher sur la Lune, puis l’arrivée des téléphones dans les poches.

Jeune femme, elle travaille comme gouvernante dans des familles, auprès des enfants. Elle se convertit au catholicisme à l’âge adulte. Rien, à ce moment-là, ne semble la destiner au voile.

Une vocation tardive

À quarante ans, en 1944, alors que la guerre n’est pas terminée, elle entre chez les Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul. Elle prend le nom de sœur André, en souvenir de son frère préféré. L’âge auquel elle fait ce choix dit beaucoup d’elle. À quarante ans, on n’entre pas en religion pour obéir à une famille : on sait ce que l’on fait.

Elle est envoyée à l’hôpital de Vichy, où elle passe près de trente ans auprès des orphelins et des personnes âgées. Elle y lave, soigne, console, veille. Les portraits qui lui ont été consacrés décrivent une religieuse infatigable, dotée d’un solide sens de l’humour. Elle disait volontiers, dans les entretiens accordés à la presse au soir de sa vie, que le travail l’avait gardée vivante.

À quarante ans, on n’entre pas en religion pour obéir à une famille : on sait ce que l’on fait.

Les dernières années, à Toulon

En 2009, elle s’installe à l’Ehpad Sainte-Catherine-Labouré, à Toulon. Elle a déjà plus de cent ans. Elle y vit entourée de soignants et d’autres religieuses, assiste à la messe, reçoit des visites. Elle a perdu la vue et se déplace en fauteuil roulant, mais garde, selon ceux qui la côtoient, une parole vive. On a beaucoup raconté son goût pour le chocolat et pour un petit verre de vin à table ; elle ne cherchait pas, semble-t-il, de secret de longévité, et ne voulait pas qu’on lui en prête.

En janvier 2021, quelques semaines avant ses 117 ans, elle contracte le Covid-19 dans son établissement, où l’épidémie a frappé plusieurs résidents. Elle en guérit. La nouvelle fait le tour du monde, à un moment où la France compte ses morts, et donne à cette religieuse presque aveugle une notoriété qu’elle n’avait pas cherchée.

Doyenne de l’humanité

Doyenne des Français, puis de l’Europe, elle devient le 19 avril 2022 la doyenne de l’humanité, à la mort de la Japonaise Kane Tanaka, disparue à 119 ans. Le Guinness World Records la reconnaît alors comme la personne vivante la plus âgée du monde. Elle est aussi la religieuse la plus âgée jamais recensée, et la Française la plus âgée de l’histoire après Jeanne Calment, morte à Arles en 1997 à 122 ans.

Elle accueillait ces titres avec un certain détachement, et les journalistes venus de loin repartaient rarement avec la recette de longévité qu’ils espéraient. Elle avait passé sa vie à s’occuper des autres, et l’on s’occupait soudain d’elle.

Ce qu’elle laisse

À sa mort, le titre de doyenne de l’humanité est revenu à Maria Branyas, née aux États-Unis et installée en Catalogne depuis l’enfance. La chaîne continue, et c’est souvent une femme qui en tient le premier maillon : parmi les personnes dont l’âge a été vérifié, les plus âgées sont en grande majorité des femmes.

Mais sœur André laisse autre chose qu’une ligne dans un livre de records. Elle laisse l’exemple d’une vie qui a changé de cap à quarante ans, d’une vocation choisie en pleine maturité, d’un engagement tenu pendant des décennies auprès des plus fragiles. Pour les lectrices de tous âges, c’est une leçon sans morale : il n’est jamais trop tard pour décider de sa vie. Nous l’avions déjà constaté en racontant ces femmes qui ont tout commencé après soixante ans.

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