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Éditorial · Édito

Nous ouvrons le bal : pourquoi un journal de plus, et pour qui

Pendant que vous prépariez le réveillon, nous préparions ce journal. Encore un site ? Oui, parce que celui que nous voulions lire n’existait pas. Voici pourquoi nous ouvrons le bal, et pourquoi nous voulons y faire danser toutes les femmes, de dix-sept à cent dix-sept ans.

Une grande salle de bal vénitienne, vide, au plafond peint de fresques et aux murs ornés de trompe-l’œil, éclairée par un immense lustre doré en bois sculpté et des fenêtres voilées de rideaux blancs.
La salle de bal, avant l’arrivée des danseuses. Photo : Didier Descouens, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Pendant que vous couriez les magasins, cherchiez des huîtres et des marrons, emballiez des cadeaux à minuit en vous jurant de vous y prendre plus tôt l’an prochain, nous étions penchées sur nos claviers. Nous finissions ce journal. Il ouvre aujourd’hui, la veille de Noël, ce qui n’est pas très raisonnable. Nous l’avons fait quand même : on n’ouvre jamais un bal au bon moment.

Encore un site

J’entends déjà la question, posée avec ce mélange de lassitude et de malice qu’on réserve aux évidences : encore un site ? Oui, encore un. Nous ne prétendons pas réinventer la presse. Nous avons simplement cherché, longtemps, le journal que nous voulions lire, et nous ne l’avons pas trouvé. Plutôt que d’attendre que d’autres l’écrivent, nous nous y sommes mises.

Ce journal, nous le voulions pour toutes les femmes, sans tranches d’âge. La presse féminine nous a habituées à un curieux découpage : aux plus jeunes, on apprend à plaire ; aux autres, on apprend à le cacher, avant de cesser tout à fait de leur parler. Nous pensons qu’une femme de dix-sept ans et une femme de quatre-vingts ans peuvent lire la même page sans que l’une soit prise pour une enfant ni l’autre pour une relique. Le chiffre de cent dix-sept ans n’est pas une plaisanterie ; quelques femmes l’ont atteint, et nous aimerions qu’elles nous lisent aussi.

Le bal, et ce qu’on y apprend

Le titre de ce journal a son histoire. Autrefois, avant un bal, on remettait aux jeunes filles un petit carnet où les cavaliers venaient inscrire leur nom, danse après danse. La littérature en est pleine. Emma Bovary n’est allée qu’à un seul bal, au château de la Vaubyessard, et elle ne s’en est jamais remise : elle en rapporte un étui à cigares, ramassé sur la route, qu’elle croit être celui du vicomte avec qui elle a valsé, et qu’elle contemple ensuite en secret comme un trésor. Natacha Rostov, dans Guerre et Paix, attend avec angoisse qu’on l’invite à son premier bal, jusqu’à ce que le prince André traverse la salle pour elle.

Ces héroïnes attendaient qu’on vienne les chercher. Nous avons gardé le carnet et changé la main qui tient le crayon. Ici, ce sont les femmes qui écrivent les noms, les leurs et ceux des autres.

Nous avons gardé le carnet et changé la main qui tient le crayon.

Ce que vous trouverez ici

Nous parlerons de tout ce qui fait une vie : de mode et de beauté, de droits et d’histoire, d’amour, de travail, de livres, de voyages. Avec le même sérieux pour le rouge à lèvres que pour le Code civil, et la même légèreté, quand elle s’impose, pour l’un comme pour l’autre. Nous tâcherons de dire vrai, de citer nos sources, de ne rien vous vendre, et de ne jamais vous ennuyer. C’est beaucoup promettre. Jugez-nous sur pièces.

Le début sera modeste. Un journal se construit page après page, et nous en ajouterons au fil des jours. Nos premières pages sont consacrées à Olympe de Gouges, qui réclamait dès 1791 que les femmes puissent monter à la tribune, et à ce que le XIXe siècle faisait des droits des femmes. Il nous a semblé juste de commencer par celles qui ont ouvert le bal avant nous.

Une invitation

Ce journal sera aussi le vôtre. Écrivez-nous : dites-nous ce qui vous plaît, ce qui vous manque, ce que vous aimeriez lire. Et si vous vous sentez l’âme d’une rédactrice, si vous avez une colère, un savoir ou une histoire à raconter, proposez-nous vos textes. Nous les lirons tous.

Il est temps de vous laisser à vos fourneaux, à votre famille, à votre solitude choisie ou à votre plateau-repas devant un vieux film, car Noël se vit de bien des manières. Au nom de toute l’équipe, je vous souhaite de belles fêtes, et la bienvenue dans notre Carnet de Bal. La piste est ouverte.

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Rédactrice en chef

Inès d’Albret

Vingt-cinq ans de presse magazine, dont douze à diriger des rédactions. Elle a fondé Carnet de Bal sur une idée simple : une femme de dix-sept ans et une femme de quatre-vingts ans peuvent lire le même journal sans que l’une soit prise pour une enfant ni l’autre pour une relique.

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