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Culture · Musique

Saint-Valentin : les chansons d’amour qui reviennent chaque 14 février

Chaque 14 février, les mêmes chansons remontent dans nos écouteurs, des standards de 1960 aux ballades d’hier. Plutôt qu’un palmarès, une sélection argumentée, avec leur histoire, et quelques chansons d’adieu qu’on écoute quand même.

Gros plan sur une platine vinyle claire : le bras de lecture est posé sur un disque noir, dans une lumière douce et grise.
Le 14 février, on ressort les disques qu’on connaît par cœur. Photo : Lee Campbell leecampbell, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Autour du 14 février, les plateformes de streaming publient leurs palmarès de la Saint-Valentin. Ils changent d’un service à l’autre, d’un pays à l’autre et d’une année à l’autre, et nous n’en retiendrons aucun chiffre. Ce qui frappe, quand on les lit de près, c’est autre chose : la même poignée de chansons revient, quelle que soit la mode du moment. Des standards de soixante ans côtoient des ballades récentes, et quelques chansons de rupture se glissent dans les listes, comme si l’on ne savait pas aimer sans un peu de chagrin.

Voici celles qui reviennent, et pourquoi elles tiennent.

Les standards qui ne vieillissent pas

Etta James, At Last (1960). La chanson a été écrite en 1941 pour un film musical, mais c’est la version d’Etta James, sur l’album At Last !, qui l’a rendue éternelle. Les cordes s’envolent dès la première mesure, puis la voix arrive, rauque et soulagée. C’est la chanson de l’attente récompensée, ce qui explique qu’on la choisisse si souvent pour la première danse d’un mariage.

Elvis Presley, Can’t Help Falling in Love (1961). Enregistrée pour le film Blue Hawaii, elle est construite sur la mélodie de Plaisir d’amour, la romance composée par Jean-Paul-Égide Martini en 1784. Un air français du XVIIIe siècle, chanté par le King sous les palmiers : ce slow planétaire a des racines chez nous.

Édith Piaf, La Vie en rose (1947). Piaf en a écrit les paroles, et la chanson a fait le tour du monde au point que les Américains la connaissent souvent mieux que nous. Elle a été reprise par Louis Armstrong, Grace Jones, Lady Gaga. Aucune de ces versions n’égale la fragilité de l’original.

Les ballades d’aujourd’hui

Ed Sheeran, Perfect (2017). On la retrouve en tête de nombreuses listes de la Saint-Valentin depuis sa sortie, sur l’album ÷. Ed Sheeran l’a écrite pour Cherry Seaborn, devenue sa femme. C’est une valse lente, presque une chanson de bal de fin d’année, et c’est précisément ce qui plaît : rien n’y est ironique. Il en a enregistré une version en duo avec Beyoncé, puis une autre avec Andrea Bocelli.

Ed Sheeran, Thinking Out Loud (2014). La même recette, trois ans plus tôt, et une promesse plus audacieuse : aimer encore quand les corps auront vieilli. Pour une chanson écrite par un homme de vingt-trois ans, c’est une jolie ambition.

Adele, Make You Feel My Love (2008). Sur son premier album, 19, Adele reprend une chanson de Bob Dylan parue en 1997. Elle la ralentit, la dépouille, n’en garde qu’un piano. La version de Dylan est belle ; la sienne est devenue la référence.

Les palmarès changent chaque année ; les chansons qui comptent, elles, ne bougent presque pas.

Les chansons d’adieu qu’on passe quand même

C’est le paradoxe de toutes les playlists de la Saint-Valentin : on y trouve des chansons qui parlent de séparation.

Whitney Houston, I Will Always Love You (1992). Le grand cri d’amour de Bodyguard est, à l’origine, une chanson de départ. Dolly Parton l’a écrite et enregistrée en 1973 pour annoncer à Porter Wagoner, son partenaire de scène, qu’elle le quittait pour mener sa carrière seule. Whitney Houston en a fait un monument, et presque tout le monde a oublié qu’on y dit au revoir.

Jacques Brel, Ne me quitte pas (1959). Une supplique, une humiliation volontaire, une des plus belles chansons françaises. Brel lui-même la décrivait comme l’hymne à la lâcheté des hommes. On la met pourtant dans les playlists d’amour, parce qu’on n’a jamais rien écrit de plus intense.

Charles Aznavour, She (1974). Écrite en anglais avec Herbert Kretzmer pour une série de la télévision britannique, elle a été numéro un au Royaume-Uni. Vingt-cinq ans plus tard, Elvis Costello la reprend pour Coup de foudre à Notting Hill. Une chanson d’un Français, devenue un classique anglais, puis un classique de cinéma : peu de chansons ont eu trois vies.

Côté français, la tendresse et le frisson

Francis Cabrel, Je l’aime à mourir (1979). Sur l’album Les Chemins de traverse, une guitare, une voix, une déclaration d’une simplicité désarmante. Shakira l’a reprise en mêlant le français et l’espagnol, et l’on ne compte plus les feux de camp où elle a été chantée.

Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Je t’aime… moi non plus (1969). Le frisson. Interdite d’antenne dans plusieurs pays, condamnée par le journal du Vatican, elle a été numéro un au Royaume-Uni. Elle reste la chanson la plus sensuelle du répertoire, et l’on comprend qu’elle remonte chaque 14 février. Nous racontons ailleurs ce que Jane Birkin nous a appris de la liberté.

Pour danser plutôt que soupirer

Al Green, Let’s Stay Together (1971). Une soul douce, une voix de velours et un titre qui tient lieu de programme. Rien de plus élégant pour un dîner à deux.

Beyoncé, Crazy in Love (2003). Avec Jay-Z, son futur mari, sur son premier album solo, Dangerously in Love. Les cuivres de l’introduction suffisent à faire lever une salle entière. C’est la chanson de l’amour qui rend un peu folle, et qui donne envie de bouger.

Stevie Wonder, Isn’t She Lovely (1976). Sur Songs in the Key of Life. On la passe aux mariages et aux Saint-Valentin, mais Stevie Wonder l’a écrite pour célébrer la naissance de sa fille Aisha. Une chanson d’amour, oui, et d’un amour qui ne finit jamais.

Ce que ces chansons disent de nous

Mettez ces titres bout à bout et vous entendrez une histoire. On commence par l’attente (At Last), on tombe amoureuse sans pouvoir s’en empêcher, on promet de s’aimer en vieillissant, on supplie, on part, on danse. Les playlists de la Saint-Valentin racontent l’amour en entier, avec ses peurs et ses adieux, et le couple heureux n’en occupe qu’une partie.

C’est sans doute pour cela qu’elles changent si peu. Les chansons d’amour qui durent laissent de la place : chacune peut y glisser sa propre histoire, à dix-sept ans comme à quatre-vingts. Et si vous cherchez des voix de femmes françaises, notre sélection de Barbara à Françoise Hardy prolonge cette liste.

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