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La check-list de l’homme parfait, revue et corrigée entre amies

C’est un jeu de fin de dîner entre amies : dresser la check-list de l’homme parfait sur la nappe en papier. On rit beaucoup, puis on barre beaucoup. Ce qui reste quand on a fini de rire vaut pour un homme, pour une femme, pour quiconque partagera votre vie.

Assise dans un fauteuil à fleurs, une femme aux longs cheveux bouclés, en chemise blanche et jean déchiré, écrit au crayon dans un carnet ouvert sur ses genoux.
La liste qu’on écrit à vingt ans n’est pas celle qu’on garde à cinquante, et c’est tant mieux. Photo : Shixart1985, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Le jeu se joue en fin de dîner, entre amies, quand il reste du vin et qu’un stylo traîne sur la nappe en papier. Quelqu’un lance : « Et si on écrivait l’homme parfait ? » En dix minutes, la liste compte trente lignes. Il doit être drôle mais pas clown, cultivé mais pas cuistre, sportif mais pas obsédé, attentionné mais pas collant, savoir cuisiner, aimer les chats, et ne jamais, au grand jamais, porter de sandales avec des chaussettes.

On rit beaucoup. Puis il y a toujours, autour de la table, celle qui vit avec le même homme depuis un quart de siècle. Elle prend le stylo et commence à barrer. Ce qu’elle laisse tient en quelques lignes, et c’est de ces lignes-là que nous voulons parler.

Pourquoi la liste de l’homme parfait ne marche pas

Rassurez-vous, dresser des listes n’est pas une manie de midinette. En 1838, Charles Darwin, qui hésitait à se marier, a couché sur une feuille deux colonnes, « Marry » et « Not Marry ». D’un côté, la compagnie et les enfants ; de l’autre, la liberté et le temps perdu en visites à la famille. Il a épousé sa cousine Emma Wedgwood l’année suivante.

Le problème, c’est que nous connaissons mal nos propres critères. En 2008, les psychologues américains Paul Eastwick et Eli Finkel ont demandé à des participants d’une séance de speed dating ce qu’ils recherchaient chez un partenaire, puis ont observé pour qui ils craquaient réellement. Les qualités déclarées avant la soirée prédisaient très mal les coups de cœur de la soirée. On croit chercher un ingénieur sportif, on tombe sous le charme d’un libraire qui fait rire.

Les applications de rencontre ont aggravé la tentation. Elles permettent de filtrer par taille, par âge, par diplôme, comme on trie des chaussures par pointure. On élimine ainsi, sans le savoir, la personne qui nous aurait plu. Si ces outils vous épuisent, nous en parlons longuement dans notre article sur la fatigue des applications de rencontre.

Ce qui reste sur la liste quand on a fini de rire

Celle qui tient le stylo garde l’honnêteté. Pas la franchise brutale de celui qui « dit les choses », mais la cohérence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. Il annonce qu’il appellera, il appelle. Il dit qu’il n’est pas prêt pour une relation sérieuse, il ne l’est pas, et c’est une information à prendre au mot.

Elle garde l’humour, à condition qu’il sache rire de lui-même et pas seulement des autres. Elle garde la curiosité : quelqu’un qui pose des questions, qui retient les réponses, qui s’intéresse à votre travail même quand il n’y comprend rien.

Elle garde la capacité à s’excuser. C’est un critère sous-estimé, et pourtant décisif sur la durée. Tout le monde blesse un jour la personne qu’il aime. Ce qui compte, c’est de savoir dire « j’ai eu tort » sans l’assortir de trois « mais ».

On croit chercher un ingénieur sportif, on tombe sous le charme d’un libraire qui fait rire.

Elle garde l’autonomie, qu’une phrase résume mieux qu’un long discours : « Je ne suis pas sa mère ! » Quelqu’un qui sait où sont rangés les draps, qui pense au rendez-vous chez le dentiste de sa fille, qui n’a pas besoin qu’on lui fasse une liste de courses. Les enquêtes de l’INSEE sur l’emploi du temps montrent, depuis des décennies, que les femmes en couple assurent l’essentiel des tâches domestiques. Le sujet est traité en détail dans notre enquête sur la charge mentale. Sur une liste de l’homme parfait, il mérite sa ligne.

Elle garde, enfin, le respect du « non ». La façon dont quelqu’un réagit à un refus, un rendez-vous décliné, une envie qu’on ne partage pas, dit beaucoup de lui. La déception est normale. L’insistance, la bouderie ou la colère sont des signaux.

Le critère qu’on oublie toujours : vous

Toutes ces listes décrivent l’autre. Aucune ne parle de nous. Or la question la plus fiable n’est pas « qui est-il ? » mais « qui suis-je avec lui ? ». Plus drôle, plus calme, plus libre ? Ou plus petite, plus prudente, à surveiller vos phrases ?

Cette question vaut pour toutes. Remplacez « il » par « elle » : la liste de celles qui aiment les femmes tient dans les mêmes lignes, sandales comprises. Ce que l’on cherche, au fond, ce n’est pas un homme parfait mais une personne avec qui l’on se sente entière. Le pédiatre et psychanalyste britannique Donald Winnicott parlait de la « mère suffisamment bonne » ; on pourrait, sur le même modèle, chercher le partenaire suffisamment bon, celui dont les défauts sont supportables et les qualités, précieuses.

Ce qu’on raye sans regret

La taille, d’abord, critère tyrannique et parfaitement inutile pour la vie commune. Le salaire, au-delà de la question de savoir si l’on partage les mêmes valeurs face à l’argent, qui elle compte beaucoup. « Il devinera ce que je veux » : personne ne devine, et l’attendre condamne à la déception. « Il ne changera jamais » : tout le monde change, et c’est heureux, sinon nous serions encore avec notre amour de seconde.

Et les sandales avec chaussettes ? C’est en général le moment où celle qui tient le stylo avoue que l’homme de sa vie en porte tous les étés, depuis le premier jour. Elle ajoute qu’il sait réparer un vélo, qu’il lui apporte le café au lit le dimanche, et qu’il ne l’a jamais fait se sentir bête. La ligne reste barrée.

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