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Amour & sexo · Couple

9 peurs des hommes face à l’amour, plus ou moins rationnelles

Ils hésitent à s’engager, se taisent quand il faudrait parler, s’éloignent quand tout va bien. Derrière ces comportements, il y a souvent des peurs, plus ou moins rationnelles, que l’éducation des garçons a appris à cacher. Neuf peurs des hommes sur les relations amoureuses, regardées en face et sans caricature.

Dans une pièce plongée dans l’ombre, un homme assis sur le rebord d’une grande baie vitrée se découpe en silhouette sur un ciel rose, au-dessus des immeubles d’une ville au bord de l’eau.
Ce qu’on ne dit pas à l’autre, on le dit parfois à la fenêtre. Photo : Ishan Gupta ishang, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

On les dit « incapables de s’engager », « fermés comme des huîtres », « allergiques aux conversations sérieuses ». Les clichés sur les hommes en amour sont aussi tenaces que ceux sur les femmes, et pas plus justes. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que beaucoup d’hommes ont grandi avec une consigne implicite : on a le droit d’avoir peur, à condition que cela ne se voie pas.

L’écrivaine américaine bell hooks l’a décrit avec une grande finesse dans La Volonté de changer (2004), consacré aux hommes et à l’amour : on apprend aux garçons à taire toutes leurs émotions, sauf la colère. Le psychologue Ronald Levant parle, lui, d’« alexithymie masculine normative » pour désigner la difficulté, apprise et non innée, qu’ont beaucoup d’hommes à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Les peurs ne disparaissent pas pour autant. Elles se déguisent. Voici les plus fréquentes, que vous reconnaîtrez peut-être, chez lui, ou chez vous, car aucune n’est réservée à un sexe.

Les peurs de perdre quelque chose

1. La peur de manquer de temps. Le travail, le sport, les amis, les projets : il a l’impression qu’une relation va tout grignoter. Cette peur est souvent le signe d’une vie construite autour de la performance, où chaque heure doit servir à quelque chose. Une soirée à ne rien faire avec quelqu’un qu’on aime ne lui paraît pas « productive ». Elle l’est pourtant, d’une autre manière.

2. La peur de ne plus être lui-même. Il craint qu’à deux il ne puisse plus écouter sa musique, voir ses amis, garder ses manies. La peur paraît puérile ; elle ne l’est pas. Certains couples fusionnels effacent réellement les individus. La réponse tient dans un couple où chacun garde son territoire, ce que la psychothérapeute Esther Perel décrit comme une condition du désir.

3. La peur de perdre ses amis. Beaucoup d’hommes ont peu d’amitiés intimes et se reposent sur un petit cercle, parfois sur un seul ami. Quand une relation commence, ils redoutent de perdre ce cercle, et parfois, faute d’entretien, ils le perdent vraiment. Encourager l’autre à garder ses amis n’est pas une concession : c’est une protection, pour lui comme pour le couple.

On apprend aux garçons qu’ils ont le droit d’avoir peur, à condition que cela ne se voie pas.

Les peurs de ne pas être à la hauteur

4. La peur de ne pas savoir s’engager comme il faut. Il ne sait pas très bien ce qu’on attend de lui, ni comment montrer qu’il tient à quelqu’un. Faute de mode d’emploi, il préfère ne rien promettre plutôt que de décevoir. Souvent, une conversation claire sur ce que chacun espère suffit à dénouer la chose.

5. La peur d’aller trop vite. Elle peut tourner à l’absurde : deux personnes qui rêvent secrètement de vivre ensemble et n’en parlent jamais, de peur que l’autre ne soit pas prêt. Les années passent. La solution est simple et intimidante : poser la question, sans ultimatum.

6. La peur d’être nul au lit. Le fameux « alors, c’était bien ? » prête à sourire, mais il trahit une angoisse réelle, entretenue par une culture qui fait de l’homme le responsable du plaisir de sa partenaire. L’anxiété de performance est l’un des freins au désir les plus fréquents que décrivent les sexologues, et elle s’aggrave avec la peur de devenir ennuyeux au fil des années. Notre article sur le désir dans les couples qui durent montre que la sexualité se construit à deux, et qu’on n’attend de personne une performance.

Les peurs d’être blessé

7. La peur d’être trompé, encore. Un homme qui a été trahi peut mettre des années à refaire confiance. On lit parfois qu’il reviendrait à la nouvelle compagne de le « réparer ». Non. Vous pouvez être patiente et compréhensive ; vous n’êtes ni son infirmière ni sa thérapeute. S’il projette sur vous les fautes d’une autre, en vous surveillant ou en vous soupçonnant, c’est à lui de faire ce travail, au besoin avec un professionnel.

8. La peur de montrer sa vulnérabilité. C’est peut-être la plus profonde, et celle qui coûte le plus cher aux couples. Pleurer, avouer qu’il a peur, dire « j’ai besoin de toi » : beaucoup d’hommes ont appris que c’était déchoir. Alors ils se taisent, s’éloignent quand l’émotion devient trop forte, et sont parfois pris pour indifférents alors qu’ils sont submergés. Ce qui aide : accueillir sans moquerie la première confidence, ne jamais la ressortir dans une dispute, et montrer l’exemple.

9. La peur d’être la raison de vivre de l’autre. Il ne veut pas porter le bonheur de quelqu’un sur ses seules épaules. C’est une peur saine, au fond : personne ne devrait occuper cette place. Elle devient un problème quand elle sert de prétexte pour ne jamais rien donner.

Ce que vous pouvez faire de ses peurs, et des vôtres

Relisez la liste en pensant à vous. Vous y trouverez sans doute deux ou trois peurs familières. C’est le premier enseignement de cet inventaire : hommes et femmes ont à peu près les mêmes craintes face à l’amour. La différence tient surtout à ce qu’on leur a appris à en montrer.

Le second, c’est que les peurs reculent quand on les nomme. Vous ne pouvez pas parler à la place de l’autre, mais vous pouvez créer un climat où il ose le faire. Si ce dialogue reste impossible, ou si ses peurs se traduisent par du contrôle, de la jalousie ou des humiliations, ce n’est plus une question de pudeur. Notre article sur la communication dans le couple donne des pistes pour la première situation. Pour la seconde, le 3919 répond gratuitement, jour et nuit.

Et s’il finit par vous dire, un soir, qu’il avait peur de tout ça, ne vous moquez pas. C’est sans doute l’une des choses les plus courageuses qu’il ait dites de sa vie.

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